Le brillant enseignant était un ex-tortionnaire

07 Janvier 2020

Le 15 décembre, l’ex-tortionnaire argentin Mario Sandoval, qui faisait carrière en France depuis 1985, a été extradé vers son pays pour y répondre d’un crime commis pendant la dictature (1976-1983). Il est par ailleurs soupçonné d’avoir participé alors à plus de cinq cents crimes, tortures et séquestrations.

Il a fallu huit ans de bataille judiciaire en France, car cet ex-policier a fait jouer tous les recours auprès de toutes les instances, allant jusqu’à nier être lui-même. Sandoval, 66 ans, qui tenait un blog en faveur de la dictature, est poursuivi par Sergio Torres, magistrat chargé de l’instruction de l’enquête sur les crimes commis dans le centre de torture de l’École de mécanique de la marine (ESMA) de Buenos Aires, où ont disparu 5 000 des 30 000 opposants assassinés par l’armée. Trois procès de tortionnaires de l’ESMA ont déjà eu lieu et une cinquantaine de condamnations à perpétuité ont été prononcées.

Hernan Abriata, étudiant en architecture et jeune péroniste, avait été arrêté au domicile qu’il partageait avec son épouse Monica. Le chef du commando venu l’arrêter s’était présenté comme Mario Sandoval de la Coordination fédérale. À l’épouse, il avait dit que c’était de la routine et qu’elle en saurait plus le lendemain. La femme d’Hernan a donc vu Sandoval, de même que sa mère, 93 ans aujourd’hui, et son père, décédé depuis, et une sœur d’Hernan, car Sandoval s’était d’abord présenté au domicile des parents.

Dès 1984, la famille avait dénoncé la disparition d’Hernan aux autorités. Des témoignages ont confirmé sa présence dans les greniers de l’ESMA, où il a connu le même sort que la majorité des détenus, emprisonnés, torturés, avant d’être drogués et jetés depuis un avion dans le rio de la Plata. En 2017, des enquêteurs ont retrouvé un message sur un mur du grenier : « H. A. Monica, je t’aime. » Sandoval est soupçonné de 500 autres crimes, mais seul le dossier d’Hernan est étayé par des témoignages directs.

En France, Sandoval a dissimulé son passé de tortionnaire. Se présentant comme un expert en intelligence économique, il a été naturalisé en 1997. Il est devenu vice-président de l’Association internationale francophone d’intelligence économique, a entretenu des liens avec l’université de Marne-la-Vallée et a enseigné à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine de l’université Sorbonne nouvelle entre 1999 et 2005 ; un recrutement effectué quand cet institut était dirigé par l’actuel ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, ce qui scandalise des membres de cet institut.

Selon la presse colombienne, Sandoval aurait aussi participé en 2001 à une réunion pour faire bénéficier de ses sinistres compétences les paramilitaires d’extrême droite de Colombie…

J. F.