Australie : face aux incendies, l’irresponsabilité du pouvoir

07 Janvier 2020

Une zone plus étendue que le Danemark partie en fumée, 25 morts à ce jour, 100 000 personnes évacuées, des milliers de bâtiments détruits, des animaux brûlés par centaines de milliers, les grandes métropoles australiennes asphyxiées par la fumée qui macule jusqu’aux glaciers néo-zélandais situés à 2 000 kilomètres : les feux qui dévastent en ce moment l’Australie ont pris une proportion monstrueuse.

En 2019, pendant l’hiver austral, de juin à septembre, la sécheresse a été particulièrement longue. La saison des feux de forêt a commencé tôt au printemps, dès septembre-octobre. Les très fortes chaleurs de l’été, ressenties depuis décembre, ont servi d’accélérateur à ce fléau saisonnier.

Ce sont des centaines de feux qui touchent une très vaste zone : essentiellement les États de Nouvelle-Galles du Sud, de Victoria et d’Australie Méridionale. Or c’est là, dans le sud-est du pays, que se situent les grandes agglomérations – Sidney, Melbourne et la capitale Canberra – et que résident la majorité des 25 millions d’Australiens. Les pompiers sont dépassés par l’ampleur de la catastrophe, qui pourrait durer des mois.

La colère de la population contre le Premier ministre, Scott Morrison, ne fait qu’augmenter. Ce dirigeant du Parti libéral, de droite, est arrivé au pouvoir il y a un an et demi en s’appuyant sur l’influence des grandes compagnies minières. Niant ou minimisant le réchauffement climatique, il a laissé toute liberté aux patrons de l’industrie du charbon, particulièrement polluante, demandant à la population d’être patiente à ce sujet. Cette politique de laisser-faire dans tous les domaines apparaît comme particulièrement néfaste, au moment où les effets à long terme du réchauffement s’ajoutent aux causes saisonnières des feux.

Dans un premier temps, en décembre, Morrison n’a pas semblé se soucier des incendies, pourtant de plus en plus menaçants. Ce n’est que lorsque deux pompiers volontaires ont perdu la vie qu’il s’est senti obligé de revenir de ses vacances à Hawaï.

À présent, les hommages appuyés du Premier ministre au courage et au dévouement des pompiers sont devenus insupportables. Plusieurs personnes ont refusé de lui serrer la main lors d’une visite sur un des lieux du désastre, début janvier. Devant les caméras, un pompier l’a même vertement traité de c…, répétant l’épithète à l’attention de tout son gouvernement, et précisant que les pompiers mettaient leur vie en danger non pas pour lui faire plaisir, mais pour protéger la population, malgré la politique des dirigeants du pays.

Le chef des pompiers de Nouvelle-Galles du Sud, un État pourtant dirigé par la coalition de Morrison, a aussi critiqué, quoique plus poliment, le gouvernement qui avait repoussé depuis un an et demi l’attribution d’un budget pour accroître la flotte aérienne de la lutte anti-incendie. À présent seulement, face à l’indignation de la population, Morrison annonce que les besoins des pompiers et les nécessités de financer la reconstruction seront pris en compte, semblant ne plus vouloir évoquer le prétexte de l’austérité budgétaire. L’annonce de la mobilisation de 3 000 soldats réservistes a aussi été dénoncée par le chef des pompiers, qui l’a apprise par les médias, comme un geste inutile d’un Premier ministre désireux de faire oublier son inaction générale.

C’est aussi sous la pression que, ces derniers jours, les autorités ont accepté d’indemniser en partie les journées de salaire perdues par les pompiers volontaires, qui ont quitté leur travail plusieurs semaines pour se battre contre les feux. Auparavant, elles s’y étaient refusées, malgré les avertissements sur les risques d’une saison des feux particulièrement féroce et la perspective d’une diminution des vocations de pompier volontaire dans les zones rurales, impliquant de perdre tout ou partie de son salaire.

Face à cette catastrophe, pourtant annoncée, le gouvernement australien montre qu’il a la vue particulièrement courte et ne réagit qu’une fois la catastrophe hors de contrôle. Mais, alors que le réchauffement climatique ne peut qu’accroître la fréquence et l’intensité de tels cataclysmes, et pas seulement aux antipodes, son irresponsabilité révoltante est à l’image de celle de la plupart des dirigeants du monde, plus soucieux de contenter les grands groupes capitalistes que de préparer l’avenir et de sauver les populations.

Lucien DÉTROIT