Iran : Macron parle, Trump décide

28 Août 2019

À l’issue du sommet du G7, Macron s’est vanté d’avoir « créé les conditions d’une rencontre, et donc d’un accord » entre Trump et son homologue iranien Hussein Rohani. Ainsi Macron aurait « habilement orchestré un exercice diplomatique à haut risque », pour reprendre les termes élogieux utilisés par le journal Le Monde, en invitant le ministre des Affaires étrangères iranien Javal Zarif lors du G7, initiative qui avait toutefois reçu l’aval de Trump.

Toute la presse a ainsi voulu voir des avancées permettant d’espérer un apaisement des tensions qui n’ont cessé de s’aggraver depuis la décision américaine de dénoncer l’accord sur le nucléaire signé en 2015 et d’interdire à l’Iran la vente de son pétrole. Le 26 août, en clôture du G7, Trump a effectivement déclaré ne pas être opposé à une rencontre avec le président Rohani, « si les circonstances sont convenables », c’est-à-dire à ses conditions. Mais il a ajouté que les Iraniens « doivent être de bons joueurs. […] Ils doivent se tenir aux règles du jeu, ils doivent faire attention, sinon ils vont se heurter à une force très violente. Nous n’avons pas le choix. » Difficile de voir un apaisement dans une telle déclaration, surtout après des mois de tensions dans le détroit d’Ormuz, ce bras de mer large de quelques dizaines de kilomètres où circulent des milliers de pétroliers venus du monde entier. Drones abattus, pétroliers attaqués ou arraisonnés, annulation au mois de juin d’un bombardement aérien sur l’Iran dix minutes avant que ses avions ne décollent : on peut certes se rassurer en pensant qu’il ne s’agit que d’une posture des États-Unis destinée à effrayer l’adversaire. Mais il y a bel et bien des bombardiers B-52 prêts à décoller, des porte-avions américains et 35 000 soldats stationnés dans les bases américaines des pays du Golfe.

L’attitude de l’impérialisme le plus puissant de la planète n’a pas changé. Ce qui est présenté comme un succès diplomatique de Macron n’est qu’un alignement sur les positions américaines. En effet, loin de demander à Trump de revenir à l’accord antérieur, il demande à l’Iran de se plier aux nouvelles exigences américaines. Trump veut étrangler économiquement un pays dirigé par un pouvoir qui tient tête aux USA depuis quarante ans, écraser toute velléité d’indépendance. C’est le jeu perpétuel qu’il mène afin d’imposer toutes les conditions les plus favorables aux grands groupes capitalistes américains, au détriment d’ailleurs des groupes français, allemands et autres.

Mais cela vise aussi à montrer que l’impérialisme américain est le seul maître, en particulier au Moyen-Orient, et ce, quelles qu’en soient les conséquences pour les populations. Et c’est pourquoi Macron et les autres dirigeants impérialistes de seconde zone finissent par s’aligner.

Aline RETESSE