Pologne : les patrons ont besoin des migrants… que le gouvernement dénonce

24 Avril 2019

La situation économique et sociale de l’Ukraine est tombée si bas que, selon son ministre de la Politique sociale, plus de 3 millions des 45 millions d’habitants de ce pays travaillent à l’étranger en permanence, et de 7 à 9 millions à titre temporaire. Cette émigration concerne d’abord des pays proches par la géographie et par la langue : Russie, République tchèque, Slovaquie et Pologne, où ils construisent, nettoient, remplissent les rayons des magasins ou travaillent comme infirmières, ouvriers, chauffeurs de taxis, techniciens...

Selon l’Association des entrepreneurs et des employeurs polonais (ZPP) un demi-million d’Ukrainiens travaillent en Pologne. En fait, ils sont au moins le double, car ce chiffre ne comptabilise ni les nombreux travailleurs non déclarés, ni ceux qui n’ont que des contrats de quelques mois, même renouvelés.

Mais avec la décision de l’Union européenne (UE), enfin appliquée après une vingtaine d’années d’attente, de permettre aux Ukrainiens d’y entrer sans visa, le patronat polonais s’inquiète du risque de se trouver à court de main-d’œuvre.

En effet, comme bien des travailleurs d’autres pays de l’Est appartenant à l’UE, les salariés polonais ont été nombreux à partir chercher des emplois et des payes moins misérables en Europe de l’Ouest. Dans tous les secteurs, le patronat polonais a dû les remplacer par des bras ukrainiens. Et ce serait pour lui une catastrophe si cette main-d’œuvre compétente mais jusqu’alors captive et mal payée, décidait de passer dans l’Allemagne voisine. Car ce pays aussi manque de bras, mais les salaires y sont en moyenne trois fois plus élevés. De plus, à la demande du patronat allemand, Berlin a décidé des mesures pour faciliter l’embauche de travailleurs non originaires de l’UE.

Pour retenir les travailleurs ukrainiens qui seraient tentés de leur échapper, les patrons polonais font donc pression sur leur gouvernement. Ils lui demandent de simplifier l’octroi des permis de séjour de longue durée et la procédure de naturalisation. Et comme cela ne suffira pas, ils laissent entendre qu’ils pourraient même… augmenter leurs salaires !

Le respect des droits de ces travailleurs n’y est pour rien : le patronat polonais, tout comme ses homologues tchèque et slovaque qui réagissent de la même façon pour les mêmes raisons, ont besoin de bras, source de leurs profits. Peu leur importe si cela prend à contre-pied la démagogie nationaliste de leurs politiciens au pouvoir qui, depuis des années à Varsovie, multiplient les discours xénophobes pour refuser l’arrivée de réfugiés dans le cadre des quotas décidés par l’Europe, affirmant accueillir déjà un million de réfugiés ukrainiens.

P.L.