Venezuela : la barque de Macron derrière la galère de Trump

06 Février 2019

Plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne, avaient donné jusqu’à dimanche 3 février au président élu du Venezuela, Nicolas Maduro, pour qu’il convoque une nouvelle élection présidentielle, faute de quoi ils reconnaîtraient son rival, le dirigeant de droite Juan Guaido, comme président par intérim. La réponse était contenue dans l’ultimatum.

Les dirigeants européens connaissaient d’avance la réponse du président vénézuélien puisque, dans les mêmes circonstances, ils auraient fait la même chose. En effet, comment réagirait Macron si un député du Parlement français se proclamait président et si une coalition de puissances étrangères le soutenait d’emblée ? Le trouverait-il plus légitime que lui-même ? Là aussi, la réponse est dans la question.

Officiellement, le gouvernement français considère que Guaido, le président du Parlement vénézuélien, « a la légitimité pour organiser des élections ». Pour Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, il est le président par intérim, bien que Maduro soit toujours en place. Et pour Macron, depuis le 3 février, c’est le président en charge.

Son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lui a emboîté le pas, face au « refus du président Maduro d’organiser des élections présidentielles », ajoutant que « M. Guaido a la capacité, la légitimité, à organiser ces élections. » Le Drian prétend même que cela devrait apaiser la situation au Venezuela. Rien n’est moins sûr, car cette coalition impérialiste qui s’ébauche derrière Washington ne fait que jeter de l’huile sur le feu.

Que les principaux États impérialistes européens emboîtent le pas à la puissance américaine, pour Le Drian, ce n’est « pas de l’ingérence, à partir du moment où il y a une crise dans un pays, qu’il y a un appel du président Guaido à le soutenir pour rétablir la démocratie ».

Cette démocratie, dont les adversaires du régime chaviste ont plein la bouche, ne rentre pourtant jamais en ligne de compte quand il s’agit de leurs alliés et clients. Quand l’Arabie saoudite, par exemple, achète des armes à la France, on ne lui demande pas si elle va instaurer un régime démocratique, ni de quel droit elle massacre la population d’un pays voisin, le Yémen, où la guerre menée par Ryad a fait au minimum 10 000 morts et 50 000 blessés. Des questions que Le Drian, marchand de canons en chef sous Hollande, savait ne pas poser.

Les hommes politiques et les commentateurs, qui font la leçon à Maduro, se gardent bien d’expliquer qu’à l’origine de la crise du Venezuela il y a d’abord l’effondrement des prix du pétrole, engendré par la spéculation financière qui mine le monde capitaliste. Les mêmes taisent les manœuvres économiques qui cherchent à étrangler le régime chaviste, quand par exemple telle banque refuse de restituer des dépôts appartenant à l’État vénézuélien, pour réduire ses ressources et aggraver la crise. Là encore, bien sûr, ils ne parlent pas d’ingérence.

Pour tenter de reprendre le contrôle des richesses du Venezuela, pétrole et or notamment, et ouvrir les portes du pays aux multinationales, en tête celles des États-Unis (le programme de Juan Guaido), les puissances impérialistes s’arrogent le droit de remettre au pas les dirigeants qui ne leur conviennent pas. Mais, bien sûr, ce n’est toujours pas de l’ingérence !

Pour les États européens, dont la France, qui se rangent derrière Trump dans cette affaire, l’espoir est d’avoir leur part dans la curée. C’est ça, la démocratie !

Jacques FONTENOY