La politique de la CGT : en ordre... après la bataille

06 Février 2019

En prévision de la journée de grève nationale du 5 février, les instances de la CGT ont fait des déclarations au ton très combatif, voulant s’appuyer sur ce que le mouvement des gilets jaunes a montré comme colère et comme détermination.

La déclaration du Comité confédéral national du 30 janvier affirmait ainsi que « le mouvement des gilets jaunes révèle un regain de confiance en l’action collective ». Et d’appeler non seulement à des assemblées générales dans les entreprises et à une grève nationale le 5, mais aussi « à travailler les convergences avec les gilets jaunes », voire à organiser chaque semaine des « mardis de l’urgence sociale ».

Dès le début du mouvement, la question du pouvoir d’achat et donc celle des salaires a été au cœur des discussions. Dès le début du mouvement, des militants de la CGT ont pris fait et cause pour les gilets jaunes, les structurant même par endroit. Mais la direction confédérale avait choisi, elle, une autre politique.

Début novembre, le secrétaire général disait qu’il était hors de question pour la CGT de manifester aux côtés de l’extrême droite. Comme si la confédération n’avait pas eu d’autres sources d’information que les médias qui, certes, présentaient le futur mouvement comme le fait de celle-ci.

Mais, dans les ateliers, les quartiers ouvriers, devant les écoles et aux caisses de supermarché, chacun voyait qu’il s’agissait majoritairement d’un mouvement de travailleurs, sur des problèmes de travailleurs. Et chacun a été obligé de le reconnaître le 17, alors que la manifestation dépassait de très loin l’extrême droite et ses prétentions à l’utiliser.

Pourtant la confédération a continué encore quelque temps sur le même thème, allant même jusqu’à signer le 6 décembre avec les autres syndicats un communiqué commun qui prétendait s’élever contre les violences en plaidant pour la discussion. Il a été à juste titre ressenti comme un coup de couteau dans le dos par les manifestants gilets jaunes, y compris les cégétistes.

Depuis lors, la direction de la CGT a évolué progressivement, alors que le mouvement des gilets jaunes se stabilisait, devenant moins explosif qu’au début. La confédération pouvait donc lancer un appel combatif pour le 5 février sans trop risquer d’attiser les braises du mouvement social.

Des militants de la CGT ont fait le choix inverse, en participant au mouvement dès le début, en combattant sur place l’influence de l’extrême droite, en aidant les travailleurs à reconnaître leur intérêt de classe dans le fatras des revendications Ceux-là ont eu raison, car ils ont été spontanément aux côtés des travailleurs qui avaient pris l’initiative d’entrer en lutte. Ils n’ont pas attendu, et heureusement, que le mot d’ordre vienne de leurs dirigeants.

Paul GALOIS