Josette Audin : le combat contre un crime colonial

06 Février 2019

Josette Audin est morte le 2 février à l’âge de 87 ans, quatre mois à peine après qu’un Président de la République française a enfin reconnu que son mari, Maurice Audin, militant communiste et anticolonialiste, a été « torturé puis exécuté par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile ».

C’était en 1957, en pleine guerre d’Algérie. Josette et Maurice Audin vivaient à Alger, y enseignaient les mathématiques et étaient membres du Parti communiste algérien dans lequel ils militaient pour l’indépendance du pays.

En juin, Maurice Audin était arrêté à leur domicile par des militaires français. Il n’a jamais réapparu. Trois semaines après son arrestation, il était déclaré avoir disparu après s’être évadé lors d’un transfert et cette fable est restée jusqu’en 2014 la version officielle de sa mort. Mais dès le mois de juillet 1957, Josette Audin portait plainte pour homicide volontaire devant l’évidence que son mari avait été torturé et abattu par l’armée française. Cette armée coloniale qui était alors au service d’un État dirigé par Guy Mollet, dirigeant de la SFIO, l’ancêtre du Parti socialiste, torturait et assassinait ceux qui combattaient pour l’indépendance de la population algérienne

Josette Audin a poursuivi pendant toute sa vie le combat pour que soit reconnu le crime d’État dont son mari a été la victime. Mais il a fallu attendre plus de soixante ans pour ce faire. En 2014, François Hollande reconnaissait que l’armée avait menti et que Maurice Audin était mort en détention. Quatre ans plus tard, par la voix d’Emmanuel Macron, l’État français acceptait enfin de formuler l’évidence.

Soixante ans après cet assassinat, les tortionnaires et leurs témoins ont bientôt tous disparu et ne craignent plus rien. Mais l’État de la bourgeoisie impérialiste est toujours là, et toujours prêt à recourir aux mêmes méthodes.

Sophie GARGAN