Pour contester le pouvoir : les travailleurs doivent contrôler l’État et l’économie

26 Décembre 2018

La revendication du référendum d’initiative citoyenne connaît un certain succès parmi les gilets jaunes. Ils y voient un moyen de contrecarrer la politique d’un gouvernement qui méprise et écrase les classes populaires.

L’idée qu’il faut aller au-delà de la revendication d’avoir de quoi boucler les fins de mois est juste. Et il est légitime de se dire que les classes populaires doivent pouvoir diriger directement la société, afin qu’elle réponde aux besoins de la majorité. Les travailleurs, la population, devraient avoir le moyen de contrôler les élus et l’appareil d’État et de peser directement sur les décisions politiques et budgétaires.

Mais pour cela, il ne suffit pas d’institutions ou de modes de scrutin plus ou moins démocratiques. Dictatures féroces interdisant toute liberté d’expression, régimes autoritaires, démocraties : l’État et le gouvernement peuvent prendre des formes très diverses suivant les pays et les situations. À des degrés divers, des possibilités pour des groupes de citoyens de soumettre à référendum certaines questions de société ou des problèmes politiques existent dans plusieurs pays riches, comme en Suisse ou en Italie. Et aux États-Unis on élit même certains fonctionnaires, du shérif à l’équivalent du médecin légiste en passant par les juges des tribunaux d’État. L’appareil d’État est-il pour autant sous le contrôle de la population, voire simplement plus proche d’elle ?

Tant que c’est l’argent qui commande, même dans les riches pays démocratiques, c’est la grande bourgeoisie qui fait ou défait les carrières des responsables politiques, comme celles des hauts fonctionnaires de l’appareil d’État, qu’ils soient élus ou non. Les hommes – ou plus rarement les femmes – du pouvoir sont intimement liés à la grande bourgeoisie, dont ils représentent et servent fidèlement les intérêts. Ils fréquentent le même monde, sont issus des mêmes grandes écoles. Ils passent d’un poste de responsable de cabinet dans un ministère à celui de dirigeant d’une grande entreprise, ou inversement, et finissent parfois dans un fauteuil de ministre.

Derrière la diversité des régimes politiques et des appareils d’État, il y a une même réalité sociale. L’État, même lorsqu’il semble représenter également toutes les classes sociales, sert en réalité les intérêts des capitalistes. Car ce sont eux qui dominent la société du simple fait qu’ils monopolisent les richesses et les moyens de production.

Le sacro-saint droit de propriété nous est présenté comme relevant des droits et de la liberté individuels. Mais la possession des richesses, la propriété des banques et des grandes entreprises donnent aux capitalistes le droit de diriger la société, de licencier des travailleurs et d’en exploiter d’autres, de décider de ce qui se produit ou ne se produit pas, quitte à mettre en danger la planète.

La classe ouvrière et l’ensemble des classes populaires, si elles veulent pouvoir contrôler vraiment ce qui se passe dans la société, doivent remettre en cause la loi du profit que l’économie capitaliste fait régner dans tous les domaines de la vie sociale.

Il est légitime pour le monde du travail de contrôler les comptes des grandes entreprises, d’exiger de savoir où vont les milliards qui sont le produit de son exploitation. Aujourd’hui, c’est un crime puni par la loi pour un travailleur, pour un lanceur d’alerte, de dévoiler les projets néfastes de l’entreprise qui l’emploie ou les combines dont il a connaissance ! Il faut imposer la fin du secret qui protège les affaires et les opérations commerciales des grandes entreprises industrielles comme financières.

Les travailleurs sont à l’origine de toute la richesse de la société. Ils produisent, transportent, livrent et échangent les marchandises, comme ils transmettent et voient passer les opérations financières. Ils ont les moyens d’imposer leur contrôle sur l’économie et de contester la domination capitaliste sur celle-ci, jusqu’à débarrasser la société de la loi du profit en expropriant la grande bourgeoisie.

Il est urgent que le monde du travail revendique la direction de la société, contre les politiciens professionnels qui s’agitent sur le devant de la scène, mais surtout contre la classe capitaliste qui est leur donneur d’ordres.

Nadia CANTALE