Amiante : les victimes déboutées

26 Décembre 2018

Mardi 11 décembre, la chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de l’Association régionale de défense des victimes de l’amiante (Ardeva) et du comité anti-amiante de Jussieu qui défendent depuis 1996 les victimes du chantier naval Normed de Dunkerque et celles du campus universitaire parisien.

Selon la Cour de cassation, les risques liés à l’amiante étaient insuffisamment connus avant l’interdiction de l’utilisation de cette matière en France, le 1er janvier 1997. Les membres du Comité permanent amiante et de la Normed mis en cause n’auraient disposé d’aucun pouvoir décisionnaire, ce qui les exonérerait de toute responsabilité.

Il reste que la nocivité de cette fibre minérale, utilisée dans l’industrie et le bâtiment pour ses propriétés anti-calorifiques, est connue depuis le début du XXe siècle. Ainsi en 1906, un inspecteur du travail de Caen établissait le rapport entre l’utilisation de l’amiante et la mort d’ouvriers employés dans un établissement textile. Dès 1918, les assureurs américains refusaient d’assurer sur la vie les travailleurs de l’amiante.

Au fil des décennies, il a été établi que l’usage de l’amiante était responsable d’un type de cancer du poumon, le mésothéliome. Mais pour empêcher la prise de conscience de cette nocivité de l’amiante, les industriels ont mené durant des dizaines d’années aux USA et en Europe une politique de mensonge, de dissimulation, voire d’intimidation pour préserver leurs productions et leurs profits.

À la fin des années 1970, l’amiante était catalogué comme cancérigène par les organismes français de santé. Les industriels ont alors créé en 1982 le Comité permanent amiante qui avait pour but, en diffusant la fable d’un « usage contrôlé de l’amiante », de continuer à tout prix à l’utiliser. Ce CPA qui regroupait jusqu’en 1995 des représentants des industriels à côté de scientifiques, de médecins, de syndicalistes, a une responsabilité dans le drame sanitaire qui provoque en France 3 000 morts par cancer chaque année. Il était fait pour agir et il agissait. Ainsi, comme l’explique un avocat des plaignants, « lorsque l’Allemagne a voulu faire interdire l’amiante au niveau européen en 1991, le comité permanent est parvenu à bloquer le projet de directive via le représentant du ministère de l’Industrie ».

Depuis vingt-deux ans, les victimes luttent pour obtenir un procès pénal de l’amiante. Il n’y a toujours ni responsable ni coupable pour toutes ces vies brisées. La Cour européenne des droits de l’homme va maintenant être saisie. Les victimes ne se résignent pas à l’injustice et leur combat continue.

Serge VIARD