Un an de loi travail : les bénéfices des licenciements

19 Septembre 2018

À l’occasion du premier anniversaire de la signature des ordonnances Macron, dites loi travail, la ministre Muriel Pénicaud a réaffirmé que le taux de chômage descendrait à 7 % d’ici 2022.

Ses propres services annoncent pourtant que 9,1 % de la population active sont toujours à la recherche d’un emploi et que 80 000 licenciements, tous motifs confondus, sont prononcés chaque mois. Il y a certes des embauches, mais 90 % d’entre elles sont des contrats à durée déterminée, de plus en plus courts. Le nombre de contrats d’un jour augmente sans cesse. L’État lui-même contribue à la dégradation de l’emploi.

Non seulement il prévoit de supprimer 120 000 postes d’ici 2022, mais il rejette au chômage des centaines de milliers de travailleurs qui avaient bénéficié de contrats aidés. L’État a aussi sa large part dans la précarisation généralisée du travail puisqu’il emploie de plus en plus de contractuels et pousse les collectivités locales à le faire.

Le chômage est alimenté par les licenciements massifs opérés par les entreprises privées, à commencer par les plus grandes d’entre elles. Ces licenciements continuent, comme chez Carrefour par exemple. Dans le privé, les embauches se font quasi exclusivement en CDD et les chaînes de montage des grandes usines d’automobiles sont partout servies par des travailleurs précaires, les grands chantiers du bâtiment sont peuplés d’ouvriers embauchés à la journée.

Les ordonnances Macron ont offert au patronat de nouvelles armes dans sa guerre pour augmenter les profits en diminuant la masse salariale. Les ordonnances, entre autres mesures, rendent encore plus facile et moins coûteuse pour l’employeur la rupture conventionnelle du contrat de travail. C’est une forme de licenciement par consentement mutuel, comme si le patron et le salarié étaient sur un pied d’égalité quand il s’agit d’emploi, de salaire ou de conditions de travail.

Un effet statistique constaté des ordonnances Macron pour le moment est l’augmentation de ces ruptures conventionnelles, c’est-à-dire l’augmentation du nombre des salariés qui sont contraints de partir avec ce que le patron veut bien leur offrir, pour solde de tout compte. Ils sont plus de trente mille par mois à être dans ce cas, 34 000 au mois de juillet pour être précis.

Cela n’empêche pas la ministre d’assurer que l’effet bénéfique pour l’emploi des mesures gouvernementales finira par se voir, d’ici cinq ans, dix ans peut-être car, dit-elle, il s’agit d’un changement profond. L’effet sur les profits patronaux en revanche s’est vu immédiatement, ils ne se sont jamais si bien portés.

Paul GALOIS