Avortement : de la clause de conscience à l’obstruction

19 Septembre 2018

« Nous ne sommes pas là pour retirer des vies. » C’est ainsi que le président du Syndicat national des gynécologues (Syngof), le Dr Bertrand de Rochambeau a déclenché une polémique par une déclaration dans l’émission Quotidien sur TMC à propos de l’avortement.

À la journaliste choquée qui a rétorqué « Ce n’est pas un homicide de faire une IVG », le gynécologue a répondu « Si, madame », ajoutant « En tant que médecin, je ne suis pas forcé d’avoir votre opinion et, si je ne l’ai pas, la loi me protège et ma conscience aussi. »

Ce médecin utilise la clause de conscience lui permettant de ne pas pratiquer l’avortement pour mener sa propagande contre l’IVG. Dans les faits, cette clause restreint le droit à l’avortement. À Bailleul, dans la Sarthe, alors que trois praticiens sur cinq s’en réclamaient, le service a dû fermer en janvier dernier, pendant six mois, obligeant les femmes qui voulaient avorter à se rendre au Mans à 40 km. Et en Italie, 70 % des médecins refusent de pratiquer l’avortement, au nom d’une clause de conscience semblable.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ainsi que Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, ont déclaré conjointement « Nous ne devons laisser passer aucune attaque, d’où qu’elle vienne, contre le droit des femmes à accéder librement à l’avortement. » Pour autant, elles n’envisagent aucunement de légiférer pour remettre en cause la clause de conscience ni même de revenir sur les restrictions budgétaires dans les hôpitaux qui condamnent de nombreux services à fermer, y compris des services qui pratiquent l’avortement.

Les belles paroles ne coûtent rien à ces ministres et sont à l’image de leur fonction, celle de brasser du vent.

Aline URBAIN