Mali : élection à l’ombre de l’impérialisme français

01 Août 2018

L’élection présidentielle malienne, dont le premier tour s’est déroulé dimanche 29 juillet, mettait aux prises 24 candidats. Mais avant même la proclamation des résultats officiels, on peut affirmer sans risque que le futur président sera un obligé de l’impérialisme français, tant ceux qui avaient une chance de l’emporter ont depuis longtemps donné tous les gages en la matière.

Dans 644 bureaux, de l’aveu même de l’administration, le vote n’a pas pu se tenir en raison d’attaques à main armée. Dans le nord et le centre du pays, les zones les plus touchées par l’insécurité, un bureau de vote sur cinq a vu ses opérations perturbées. C’est le reflet d’une situation générale où une grande partie des écoles sont fermées à cause des menaces djihadistes et où se déplacer est un risque permanent pour la population.

Ibrahim Boubacar Keïta, l’actuel président, se présentait pour un second mandat. Il avait été élu avec 77 % des voix en août 2013. Proche de François Hollande, membre comme lui de l’Internationale socialiste, il était alors l’homme idéal pour clore la période de chaos politique à la tête de l’État malien, où le véritable pouvoir était entre les mains des militaires putschistes qui avaient renversé le précédent président. L’intervention militaire française de janvier 2013 contre les groupes djihadistes marchant sur la capitale Bamako se doubla d’un processus politique qui aboutit à faire rentrer ces putschistes incontrôlables dans leurs casernes pour laisser la place à un vrai chef d’État comme les aiment les dirigeants de l’impérialisme français, c’est-à-dire entièrement à leurs bottes. Le rétablissement d’un tel pouvoir politique ami était dès le départ l’objectif principal de l’opération militaire française au Mali.

Élu sur la promesse de mettre fin à la corruption responsable de la débandade de l’armée malienne face aux groupes djihadistes, Ibrahim Boubacar Keïta ne tarda pas à montrer ce qu’il valait en la matière. Un de ses premiers gestes, dans ce pays où la population manque d’hôpitaux, d’écoles, de centres de santé, fut de s’offrir un avion présidentiel de luxe et de nommer son fils à un poste lucratif en lien avec la défense nationale. Il ne fallut pas longtemps pour que la population de Bamako détourne son slogan de campagne « le Mali d’abord » en « la famille d’abord ».

Quant à sa promesse de rétablir l’unité du pays et la sécurité, chacun peut constater aujourd’hui que l’armée malienne serait balayée comme en 2012 sans la présence des troupes françaises et celles de l’ONU, elles-mêmes complètement enlisées dans une guerre désormais étendue à tout le territoire malien et aux pays voisins. En guise d’unité du pays, le principal fait d’arme de cette armée malienne a été ses exactions contre des civils. Son incapacité à protéger la population a entraîné la création de milices prétendument d’autodéfense, à l’origine d’affrontements interethniques comme ceux entre Peuls et Dogons, qui ont fait une trentaine de morts en juin.

Les candidats qui se sont présentés contre Ibrahim Boubacar Keïta comptent tirer profit du discrédit lié à ce triste bilan. C’est en particulier le cas de Soumaïla Cissé, qui fait figure de challenger. Mais ce vieux cheval de retour, qui occupa différents ministères de 1993 à 2002, avant de devenir président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine de 2004 à 2011, n’a rien de nouveau à offrir à la population. Pendant près de vingt ans il appliqua à tous ces postes la politique voulue par l’impérialisme français au détriment des peuples du Mali et de la région. Sept anciens ministres d’Ibrahim Boubacar Keïta, directement associés à sa politique, se sont aussi présentés. Et la candidature d’hommes d’affaires comme Aliou Diallo, propriétaire de mines d’or et président d’une entreprise de prospection pétrolière, est de la même eau.

Les travailleurs et la population pauvre n’ont rien à attendre de ces politiciens qui ne visent qu’à s’enrichir en pillant la population, eux et leur clan, et à faire ce que leur dictera l’impérialisme français.

Daniel MESCLA