Argentine : les femmes en lutte pour l’IVG

25 Juillet 2018

Le 14 juin, les députés argentins ont voté par 129 voix contre 125 un projet de loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Ce texte doit encore être approuvé par le Sénat le 8 août, avant que l’avortement soit légalisé.

En Argentine, depuis deux ans, on assiste à une très forte mobilisation, des femmes d’abord, contre les violences qui leur sont faites et maintenant pour l’IVG. Portant un foulard vert avec la mention : « Éducation sexuelle pour décider, contraceptifs pour ne pas avorter, avortement légal pour ne pas mourir », des centaines de milliers de femmes sont descendues dans la rue pour manifester et s’adresser à la population et aux élus.

On parle d’une Marée verte fédérant lycéennes, artistes, médecins et femmes des quartiers populaires. Elles dénoncent l’hypocrisie des conservateurs, qui s’affichent anti-IVG mais la pratiquent à l’étranger ou dans des cliniques privées. « Les riches voyagent ; les pauvres meurent », dénoncent ces femmes.

75 sénateurs examinent maintenant le projet de loi. Celui-ci accorde un droit à l’IVG pendant les quatorze premières semaines de grossesse. Au-delà, il resterait possible en cas de viol, de danger pour la santé de la femme enceinte ou quand l’embryon n’est pas viable ; trois exceptions déjà présentes dans la loi argentine de 1921 interdisant l’avortement, mais peu appliquées du fait de la pression conservatrice et religieuse et de la crainte de poursuites. Mais cette loi n’a jamais empêché que quelque 500 000 Argentines avortent chaque année, dans des conditions parfois mortelles pour plusieurs centaines d’entre elles.

Les sénateurs sont sensibles aux pressions des provinces et de l’Église qui dirige l’opposition à l’IVG. Mais le sujet divise les partis, même celui, conservateur, du président Mauricio Macri. Lui-même y est opposé, mais il a laissé faire et indiqué qu’il n’opposera pas son veto si la loi est votée. Son chef de gouvernement, Marcos Pena, est pour l’IVG. Mais sa vice-présidente, Gabriela Michetti, y est opposée.

Du côté de l’opposition péroniste, Cristina Kirchner soutient aujourd’hui le droit à l’IVG. Quand elle était au pouvoir, bien qu’ayant notamment fait voter le droit au mariage pour tous, elle avait évité la question.

En 2010, le pape François, alors archevêque de Buenos Aires, avait pris la tête de la croisade contre le mariage pour tous, qualifié d’œuvre du diable ! Il vient d’écrire une lettre contre l’avortement adressée aux catholiques argentins et ses prélats font pression sur les élus.

Les militants antiavortement, portant des foulards bleus, font signer des pétitions, brûlent des cierges et manifestent avec des slogans qui reviennent à dire que la vie d’une femme vaut moins qu’un embryon. En riposte, la Marée verte interpelle les sénateurs : « Si la loi n’est pas votée, ça va barder ! »

C’est un combat difficile. Du fait du poids de l’Église et des idées conservatrices, seuls deux pays d’Amérique latine, Cuba et l’Uruguay, ont légalisé l’IVG. Il est aussi légal dans la ville de Mexico, mais pas dans le reste du Mexique. Dans plusieurs pays, même quand la femme enceinte est en danger, l’IVG reste interdite et peut entraîner des peines de prison très lourdes, jusqu’à trente ans, parfois pour une simple fausse-couche ! En Argentine, on risque quatre ans de prison.

En tout cas, si la loi passe le 8 août, cela aura été rendu possible par l’exceptionnelle mobilisation des femmes, comme ce fut le cas partout où l’IVG a été légalisée.

Jacques FONTENOY