CAC 40 : les surprofiteurs

27 Juin 2018

Les 40 plus grosses entreprises françaises cotées à la Bourse de Paris ont à nouveau battu le record des dividendes versés aux actionnaires avec, pour l’année 2017, un montant cumulé de 47 milliards d’euros.

Cette somme pourrait servir à embaucher plus d’un million de personnes avec un salaire d’au moins 1 800 euros net par mois, cotisations sociales comprises. On pourrait aussi s’en servir pour augmenter de 300 euros les salaires et les retraites de plus de 10 millions de personnes, ou encore construire plus d’une centaine d’hôpitaux modernes ou rénover des écoles ou entretenir des infrastructures ferroviaires... Mais non. Cette somme ira dans la poche des plus grosses fortunes de ce pays : Arnault, Bolloré, Peugeot, Pinault, et autres.

Les trois-quarts du chiffre d’affaires de ces grands groupes sont réalisés hors de France. Car l’économie est mondialisée et la production est organisée pour le marché mondial depuis très longtemps. Et les profits s’accumulent au travers de l’exploitation de millions de travailleurs, ici en France, mais aussi de millions d’autres dans le monde entier.

Le journal économique Les Échos s’étonne que ces entreprises soient « encore frileuses en matière d’investissement » constatant que ceux-ci ont reculé de 15 % en un an. Cela va en effet à l’encontre de toute la propagande sur la prétendue reprise économique mondiale. Il faut croire que la grande bourgeoisie capitaliste n’a pas cette vision triomphaliste de sa propre économie quand il s’agit de son argent.

Mais si elle n’investit pas ou peu, elle ne laisse pas son argent dormir pour autant. Le trésor de guerre cumulé de ces entreprises du CAC 40 serait de 167 milliards d’euros et il n’est pas caché sous un matelas. Il y a une infinité de placements financiers qui rapportent et même beaucoup, sans contribuer à la moindre création de richesse, sans créer d’emplois, sans construire ou moderniser de nouvelles usines ou de nouveaux outils de production. Non, juste en parasitant plus ceux qui existent déjà, en pressurant plus les salariés pour en tirer plus de profits voire en fermant des usines pour concentrer la production sur toujours moins de travailleurs.

La classe capitaliste, que les grands actionnaires des entreprises du CAC 40 incarnent, ne représente qu’une infime minorité de la société mais elle lui impose toute sa marche. En cascade, toute l’économie est entraînée par les choix de ces grands groupes. Les moyennes et petites entreprises en sont totalement dépendantes. Quant à l’État, il est absolument dévoué à leurs intérêts. La seule façon de mettre fin à leur tyrannie est de les exproprier sans indemnité ni rachat.

Pierre ROYAN