Les accidentés du travail face au mépris de certains experts

07 Mars 2018

Ouvrier de production dans une usine de matériau de construction, j’ai été victime il y a quelques années d’un accident du travail : mon majeur droit s’est coincé dans une machine, dépourvue des dispositifs de sécurité nécessaires, et a dû être amputé pour moitié. L’usine, qui appartient à un grand groupe, est très vétuste. La production se fait en équipes, ce qui fatigue énormément et pose de gros problèmes de vigilance au travail. Alors que mon employeur préparait le terrain pour me licencier pour inaptitude, j’ai décidé de l’attaquer en justice. L’entreprise a finalement été condamnée pour faute inexcusable.

Dans ce contexte, j’ai rencontré deux médecins experts, censés évaluer mon degré de handicap. L’un était missionné par le ministère de la Justice, l’autre par le patron. L’entretien a montré le mépris de ces gens-là : alors qu’il me demandait si j’avais subi un préjudice esthétique, le premier m’a répondu que je pouvais mettre un gant avec un peu de coton à l’endroit du doigt manquant et que personne n’y verrait rien. Et le second a osé dire qu’il fallait que j’apprenne à écrire de la main gauche, puisque j’ai de grosses difficultés à le faire de la main droite. Ce n’est que lorsque je leur ai demandé s’ils conseillaient à ceux ayant perdu leurs jambes d’apprendre à marcher sur les mains qu’ils ont mesuré la gravité de leurs propos. Ces médecins experts ont décidément un mépris social qui s’accorde bien à la rapacité des grands patrons qu’ils servent.

Un lecteur de la région lyonnaise