Industrie pharmaceutique : les maîtres chanteurs

07 Mars 2018

Pour l’industrie pharmaceutique, une maladie est un marché, un produit thérapeutique une source de revenus, et un malade est un moyen de pression.

Vertex, société de biotechnologie américaine, s’est ainsi fait depuis des années une spécialité du marché de la mucoviscidose, une maladie génétique qui touche notamment les poumons, condamnant les patients à une perte progressive de leurs capacités respiratoires. Il y a cinq ans, elle a lancé un premier médicament, le Kalydeco, qui est considéré par les médecins comme efficace, mais seulement chez un patient sur vingt. Le prix exigé et obtenu par Vertex dépasse en France 200 000 euros par an et par patient (290 000 dollars aux États-Unis) pour un traitement par ce médicament.

Dans le cadre de sa conquête d’une plus large part du marché, Vertex a associé ce premier médicament à une autre molécule pour faire l’Orkambi, qui a été mis à disposition il y a deux ans. Ce traitement a un effet sur la plupart des patients, mais un effet qui est cette fois considéré comme modeste. De ce fait, les autorités de santé françaises ont refusé d’accéder aux demandes de Vertex, qui réclamait un prix du même ordre que celui du Kalydeco pour ce second produit moins efficace et elles en ont proposé un bien inférieur.

Ce désaccord avait déjà conduit Vertex à ne pas accepter d’étendre la distribution de l’Orkambi en France à tous les patients qui pourraient en bénéficier, même modestement. Dans ce bras de fer sur le dos des malades, l’industriel vient d’aller encore plus loin. Il avait développé un troisième produit, le Symdeko, qui semblait bien plus prometteur que l’Orkambi, et en avait lancé l’essai clinique l’an dernier dans de nombreux pays, dont la France. Mécontent des négociations sur le prix de l’Orkambi, Vertex vient d’annoncer qu’il arrêtait tout simplement l’essai clinique du Symdeko en France, comme le plus vulgaire des maîtres chanteurs.

Information utile : en 2018, Vertex prévoit que ses produits contre la mucoviscidose lui rapporteront 2,8 milliards de dollars.

Hughes Jackson