Formation professionnelle : un Big Bang qui ne change rien

07 Mars 2018

Comme c’est la mode avec Macron et son gouvernement, la ministre du Travail se devait d’en faire des tonnes pour annoncer son projet de réforme de la formation professionnelle. Elle l’a, en toute modestie, baptisée Big Bang, pour laisser croire que tout commencerait avec elle. Mais pour des millions de travailleurs rien ne va changer, sauf peut-être en pire.

Ce qui est certain est que cela ne mettra fin ni au chômage de masse, ni à la détérioration continue des conditions d’emploi et de rémunération. Pour les entreprises de plus de dix salariés, le prélèvement unique de 1 % de la masse salariale pour financer la formation, institué en 2014, est inchangé. Au lieu d’être collecté par des organismes contrôlés par le patronat, c’est l’Urssaf qui devrait prendre la relève… en 2021, si rien ne change d’ici là.

Pour les salariés, les choses sont plus ambiguës. Il existait depuis un certain nombre d’années un compte personnel de formation, le CPF, abondé de 24 heures par an de droit à la formation, censé être librement utilisé par chaque salarié. Le patronat et un certain nombre de syndicats venaient de signer un nouvel accord qui portait ce chiffre à 35 heures par an. Au bout de dix ans, cela donnait 350 heures, loin de ce qui est nécessaire pour une réelle formation offrant l’accession à un métier reconnu. C’est tellement vrai que continuait à exister parallèlement le congé individuel de formation, le CIF qui, lui, ouvrait la possibilité pour le salarié de partir pour une véritable formation qualifiante de 1 200 heures. Moins les travailleurs étaient qualifiés, moins ils bénéficiaient de ce congé personnel de formation.

Aujourd’hui, la principale innovation du Big Bang de Muriel Pénicaud est de transformer les heures en euros, 500 euros par an pour chaque salarié, voire 800 pour les moins qualifiés, soit au bout de dix ans une cagnotte de 5 000 ou 8 000 euros. Pour faire quoi, et la faire tomber dans les caisses de qui ? Mystère ! Ce qui est plus inquiétant est que la ministre du Travail a annoncé sa volonté d’intégrer dans le nouveau dispositif l’ancien congé individuel de formation, à la libre disposition du salarié et permettant une vraie formation. Pour le faire disparaître ? Tout est possible avec le gouvernement.

Tout cela fait partie d’un même plan, comme l’ont dit Macron et ses ministres. Un plan qui comprend la loi travail, la réforme du chômage, en attendant celle des retraites, et qui consiste à mettre les travailleurs encore plus sous la férule des patrons, en tentant de les désarmer moralement.

Pour Macron et les siens, s’il y a du chômage c’est que la liberté d’exploiter et de licencier des patrons est entravée. Si les chômeurs sont toujours aussi nombreux, c’est qu’ils ne cherchent pas de travail et s’enracinent dans le chômage. Si le chômage de masse ne faiblit pas, c’est de la faute aux travailleurs pas assez formés, pas assez mobiles.

Ce prétendu Big Bang de la formation professionnelle poursuit dans la même veine de mensonges. Ce n’est en aucun cas le manque de formation qui transforme des jeunes titulaires de bac pro, de BTS, ou de qualifications plus pointues encore, en intermittents du travail et en permanents de Pôle emploi. De plus un bac pro voire un BTS donnent souvent droit à n’importe quel boulot sous-qualifié avec la mini-paye qui l’accompagne, à un emploi à temps partiel et presque toujours à un contrat précaire. Les sessions de formation professionnelle de travailleurs qui ont perdu leur emploi se traduisent souvent par un retour à Pôle emploi, et amènent à ranger sa nouvelle qualification dans un tiroir. Le résultat, ce sont les chômeurs les mieux formés du monde.

Alors, il est urgent de se qualifier, d’apprendre avec passion les leçons de la lutte de classe et de les mettre en pratique en imposant notre big bang au patronat.

Paul SOREL