Face aux attaques, il nous faut inverser la vapeur

07 Mars 2018

Avec une croissance de 2 % en 2017 et des bénéfices financiers et industriels spectaculaires, il ne se passe pas un jour sans que l’on nous chante les vertus de la reprise. Certains journalistes se sont même demandé si la France allait vers le plein emploi ! Les cinq millions et demi de personnes inscrites à Pôle emploi apprécieront, comme les salariés de Tupperware qui viennent d’être licenciés.

Ces menteurs professionnels ne vivent décidément pas dans le même monde que nous. Où est l’embellie, pour les millions de femmes et d’hommes qui n’ont que leur salaire, leur allocation ou leur pension pour vivre ? Où est-elle, pour les mille salariés de Ford à Blanquefort, pour ceux de Carrefour et des Pages jaunes, menacés de perdre leur emploi ?

Et qu’y a-t-il derrière ce que les commentateurs appellent « l’amélioration du marché du travail »  ? Il y a un nombre croissant de jeunes et de moins jeunes forcés d’enchaîner les missions d’intérim, les CDD, les contrats d’alternance sous-payés et les temps partiels. Il y a ces boulots éreintants, comme chez Amazon, que l’on nous présente comme l’entreprise du futur.

Quant aux augmentations de salaire qui découleraient naturellement de la reprise, c’est une blague. Quel patron propose plus de 1 % d’augmentation ? Les médias se sont répandus sur les primes d’intéressement à Air France et PSA, sur l’air de « Comme ces ouvriers sont chanceux ! » Mais ce ne sont pas ces primes qui compenseront la perte de pouvoir d’achat provoquée par des années de blocage salarial. Et les quelque 10 000 intérimaires chez PSA n’en toucheront pas un centime !

Il suffit de regarder dix ou vingt ans en arrière pour mesurer ce que le monde du travail a perdu sur les retraites, l’emploi, les conditions de travail ou les salaires. La flexibilité, les cadences et les horaires de travail sont de plus en plus délirants. Plus personne n’est à l’abri du licenciement. Et c’est la même pression à la rentabilité qui s’exerce dans le secteur public, sur le personnel des hôpitaux, de l’éducation, les postiers ou les employés des collectivités.

Tout ça pour que la bourgeoisie augmente ses profits, concentre des fortunes exorbitantes et spécule frénétiquement. Et que nous dit Macron ? Continuons ! Priorité au business et au capital ! Il a déjà démantelé le Code du travail. Il prévoit de faire reculer les retraites. Et, pour que tout le pays marche au pas cadencé de la rentabilité et de la compétitivité, il s’en prend à la fonction publique et aux cheminots.

Si nous ne mettons pas un coup d’arrêt à cela, où en serons-nous dans cinq ou dix ans ? Il faut que le monde du travail défende ses intérêts contre le grand patronat et ses valets politiques. Il faut renouer avec les luttes collectives, pour inverser le rapport de force.

La première chose que l’on peut faire est d’exprimer notre solidarité et notre soutien aux cheminots. Macron leur a déclaré la guerre. Si les cheminots réussissent à le faire reculer, l’ensemble du monde du travail en sera renforcé politiquement et moralement. Dans le cas contraire, la bourgeoisie et Macron redoubleront d’arrogance et de coups contre les travailleurs. C’est pourquoi le combat des cheminots nous concerne tous.

Une campagne anticheminots fait rage. Qui l’a lancée ? C’est le gouvernement, qui compte un nombre inédit de millionnaires, dont Florence Parly, la ministre des Armées, qui a travaillé à la SNCF « hors statut » pour le salaire modique de 52 000 euros mensuels. Et tout ce que les médias comptent de journalistes employés à vie et abonnés aux privilèges se déchaînent pour la relayer.

Ne nous laissons pas abuser : ce sont nos ennemis qui parlent et, à travers eux, les vrais privilégiés que sont les Arnault, Bolloré, Bouygues, Vinci. Et ces gens-là n’ont pas de honte. Ils n’en ont jamais assez et Macron est prêt à leur en donner encore plus !

Quant aux cheminots, ce sont des travailleurs qui doivent cotiser 41,5 ans pour une retraite complète, qui connaissent le travail en équipes, de week-end et de nuit. Et, oui, ils ont conservé une certaine sécurité de l’emploi et une grille salariale qui progresse à l’ancienneté. Ils ont mille fois raison de vouloir les défendre. En étant avec eux, c’est nos intérêts de travailleurs que nous défendons.

Le 15 mars, les personnels des EHPAD et des services à domicile seront de nouveau en grève et manifesteront dans la rue ainsi que les retraités. Le 22 mars, une journée de grève et de manifestation réunira les salariés de la fonction publique et les cheminots. Il faut en être, et participer à cette journée le plus nombreux possible.

Éditorial des bulletins d’entreprise du 5 mars 2018