États-Unis : grève dans les écoles de Virginie

07 Mars 2018

Depuis le 22 février, tous les enseignants et les employés des écoles publiques de Virginie-Occidentale sont en grève pour une augmentation de salaire.

Cette grève, qui laisse 270 000 enfants sans école pour la deuxième semaine consécutive, a été préparée de façon à trouver le soutien des parents. Dans cet État où un quart des enfants vivent sous le seuil de pauvreté, bien des familles comptent sur le repas à la cantine de leur enfant, le seul repas équilibré de la journée, et pour certains le seul tout court. Les grévistes ont donc trouvé des solutions, souvent avec les associations et les Églises locales, pour que ces enfants puissent déjeuner normalement pendant la durée du mouvement.

Ils sont déterminés à obtenir une augmentation que leurs syndicats ont chiffrée à 5 % minimum, ainsi qu’une meilleure couverture médicale. Le salaire des enseignants de Virginie-Occidentale se classe au 48e rang, sur les 50 États que compte le pays. Certains ont une paie si faible qu’ils travaillent le week-end, par exemple dans des fast-food.

Les autorités de cet État ont été surprises par l’ampleur du mouvement et jusqu’à présent gesticulent pour leurrer les grévistes, tout en reconnaissant le bien-fondé de leurs revendications. Ainsi le 27 février le gouverneur, un milliardaire, a promis qu’il s’arrangerait pour que les députés et sénateurs de l’État votent une augmentation de 5 %. Cela a servi de prétexte à quelques dirigeants syndicaux pour prendre position en faveur de la reprise du travail.

Les 20 000 enseignants et les 13 000 employés n’y ont pas cru et ont continué la grève. Bien leur en a pris, car le 3 mars députés et sénateurs ont hypocritement voté chacun de leur côté une augmentation de salaire, mais pas dans les mêmes termes, ce qui annule la procédure parlementaire.

À présent, les syndicalistes qui dirigent la grève disent qu’elle continuera jusqu’à satisfaction des revendications. Les grévistes maintiennent la pression : ainsi le 5 mars ils ont envahi le Capitole de l’État, où siègent les autorités, qui ont dû fermer le bâtiment pour raison de sécurité après que 5 000 manifestants y sont rentrés, les autres restant dehors.

Cette grève offensive et massive, dans un État marqué par de fortes traditions de lutte des mineurs, attire l’attention bien au-delà de la Virginie-Occidentale : celle des enseignants qui, par exemple dans l’Oklahoma, pourraient s’engager à leur tour dans une bataille pour les salaires, et celle des travailleurs en dehors du système scolaire.

Lucien DÉTROIT