TER : petites lignes et grosses ficelles

28 Février 2018

Dans son discours détaillant son plan d’attaque contre les cheminots, le Premier ministre a fait mine de reculer sur un point : la fermeture des petites lignes. Mais à y regarder de plus près, ce n’est qu’un faux semblant.

Le rapport Spinetta préconisait la fermeture pure et simple des lignes jugées non pertinentes, les petites lignes drainant peu de passagers et peu de trains quotidiens. Dans l’esprit d’un Spinetta, la pertinence d’une ligne ne se juge pas du point de vue du service public – ces lignes sont indispensables pour les habitants de ces territoires – mais du seul point de vue de la rentabilité.

Cette proposition avait suscité, à juste titre, l’indignation des associations d’élus et d’usagers des transports. C’est la raison pour laquelle Édouard Philippe a fait mine de reculer sur ce terrain, en déclarant lundi : « Je ne suivrai pas le rapport Spinetta sur ce point. » Et d’ajouter : « On ne décide pas la fermeture de 9 000 km de lignes depuis Paris. »

Sauf que, si on ne le décide pas depuis Paris, on peut bien le décider ailleurs – c’est-à-dire dans les régions. Ces lignes relèvent pour la plupart du TER, ce qui signifie qu’elles sont financées par les conseils régionaux. Et le rapport Spinetta a donné la recette pour convaincre les régions de les fermer elles-mêmes. En effet le rapport déplore que les redevances payées par les régions pour utiliser le réseau ferré ne prennent pas en compte le coût complet des infrastructures – une partie de ce coût restant, hors Île-de-France, à la charge de l’État. Solution de Spinetta : augmenter la redevance que payent les régions. Et d’ajouter non sans cynisme : « Si le coût complet était couvert par les redevances, chaque fermeture de ligne réduirait d’autant le montant des redevances payées. »

Il y a fort à parier que le gouvernement va forcer les régions à assumer la décision de fermer ces petites lignes et l’impopularité qui en découlera, en leur imposant des conditions financières qu’elles ne pourront pas tenir.

C’est une raison de plus, pour tous les usagers, de soutenir les luttes que les cheminots mèneront contre les projets du gouvernement.

Pierre VANDRILLE