Italie : les élections et ce que le patronat en attend

28 Février 2018

« Contre le racisme et le fascisme » : tel était le mot d’ordre des manifestations organisées samedi 24 février dans de nombreuses villes italiennes à l’appel des partis de la gauche de gouvernement, alors que la campagne pour les élections législatives du 4 mars touchait à sa fin. Mais cette campagne aura d’abord été marquée par les surenchères racistes et antimigrants de la droite et de l’extrême droite.

Dans l’affaire de Macerata, au début février, après que des immigrés nigérians ont semble-t-il assassiné une jeune Italienne et qu’un jeune admirateur du fascisme est sorti dans la rue pour mitrailler au hasard des passants noirs, les représentants de la droite et de l’extrême droite ne se sont pas pressés de désavouer ce dernier. Mais la gauche représentée par le Parti démocrate de Renzi, au gouvernement depuis quatre ans, ne s’est pas non plus pressée de riposter aux diverses manifestations des racistes ou même des fascistes revendiqués. Et, si ceux-ci peuvent se sentir encouragés, la politique gouvernementale de ces dernières années et la dégradation sociale qui en résulte y sont pour beaucoup.

Le gouvernement Renzi, aujourd’hui remplacé par Gentiloni, est celui qui a lancé le jobs act, une loi travail en version italienne, qui a encore facilité les licenciements et généralisé la précarité. Comme le Parti socialiste en France, le Parti démocrate a mené une politique au service du grand patronat et des banques. Il a déçu et mécontenté l’électorat de gauche, au point que les sondages le donnent maintenant comme largement déconsidéré.

En revanche, à la veille de ces élections, la coalition de la droite et de l’extrême droite semblait sûre d’approcher les 40 % de voix nécessaires pour obtenir la majorité absolue. On trouve en son sein Forza Italia, le parti de Berlusconi qui, bien qu’inéligible après ses nombreuses condamnations, n’en continue pas moins de se présenter comme son leader. Il est en concurrence avec la Ligue de Matteo Salvini, autrement dit l’ex-Ligue du Nord, qui ne fait plus campagne pour l’autonomie du nord de l’Italie. La Ligue se présente maintenant comme un parti prêt à gouverner au niveau national, depuis cette capitale qu’elle accusait il n’y a pas si longtemps d’être Rome la voleuse suçant les ressources du Nord industrieux.

Après avoir à ses débuts exercé sa démagogie contre les Méridionaux, la Ligue de Salvini montre cependant sa constance dans le racisme, en ciblant de préférence les migrants et en accusant le gouvernement de laxisme pour les avoir laissés débarquer dans le pays. Il est vrai qu’il trouve encore une concurrence du côté de Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), le parti néo-fasciste de Giorgia Meloni, mais aussi de CasaPound et de Forza nuova, deux partis ouvertement fascistes qui ont dernièrement remporté quelques succès.

Cependant, si cette coalition de la droite et de l’extrême droite n’atteignait pas les 40 %, elle ne serait pas en état de gouverner et il faudrait alors compter avec le Mouvement cinq étoiles (M5S), le parti lancé il y a quelques années par le comique Beppe Grillo. Crédité de 30 % des voix, il n’a plus rien de ce parti qui organisait des vaffa-days, des journées pour dire aux politiciens, dans le plus pur style Grillo, d’aller « se faire enc... ». Il est aujourd’hui représenté par Luigi Di Maio, sémillant arriviste au visage de jeune premier. Celui-ci ne laisse passer aucune occasion de dire sa disponibilité à gouverner, voire de faire des ouvertures au Parti démocrate ou à la Ligue de Salvini. Il n’oublie pas non plus de déclarer, à l’égal d’un Berlusconi ou d’un Salvini, qu’il faut renvoyer tous les migrants clandestins.

Le M5S continue sans doute d’apparaître comme le parti ayant dénoncé la politique et la corruption des partis de gauche comme de droite, et susceptible d’apporter quelque renouveau. Il profite en cela de la désorientation des travailleurs et des couches populaires qui, lorsqu’ils ne se tournent pas vers l’abstention, ne voient pas pour qui ils pourraient bien voter. Mais on peut se demander pendant combien de temps un Di Maio pourra faire illusion.

Il est vrai qu’à la gauche de la gauche on trouve aussi les listes Potere al popolo (le Pouvoir au peuple) constituées notamment par le parti de la Refondation communiste et Sinistra rivoluzionaria (la Gauche révolutionnaire), cette dernière étant impulsée par deux organisations trotskystes. La presse et les médias ne font évidemment rien pour donner une visibilité à ces listes. Il reste donc qu’entre Parti démocrate, M5S et coalition de droite, le grand patronat et les banques peuvent se sentir assurés que de ces élections sortira un personnel politique prêt à servir leurs intérêts. S’ils s’inquiètent d’une possible instabilité politique, c’est d’abord une façon de faire pression dès maintenant sur les uns et les autres de ces partis pour que, quoi qu’il arrive, ils se dépêchent de mettre en place un gouvernement.

La Confindustria, la confédération patronale, a d’ores et déjà prévenu qu’elle attend du nouveau gouvernement, dans les prochaines années, des dizaines de milliards de subventions. Les travailleurs sont ainsi prévenus qu’eux n’ont vraiment rien à en attendre, à moins qu’ils ne mettent rapidement en avant leurs exigences, dans les entreprises et dans la rue.

André FRYS