Mineurs étrangers : indifférence des autorités

25 Octobre 2017

Le Premier ministre Édouard Philippe a affirmé le 20 octobre aux présidents de départements que l’État leur viendrait en aide pour accueillir les migrants mineurs non accompagnés. Mais comme l’ont dénoncé plusieurs présidents, cette aide est bien insuffisante pour faire face à l’afflux de ces jeunes.

Édouard Philippe promet 132 millions d’euros aux départements, là où il leur faudrait un milliard. Contrairement aux adultes, les mineurs isolés ne sont pas soumis aux règles de séjour des étrangers, et ne peuvent pas en principe être expulsés. Ils doivent être pris en charge au titre de la protection de l’enfance, et c’est aux départements d’évaluer leur situation, puis de trouver un toit à ceux qui sont reconnus comme mineurs. Ce sont eux en effet qui pilotent et financent l’aide sociale à l’enfance (ASE) depuis les lois de décentralisation de 1982.

Le nombre de ces mineurs isolés ne cesse de croître. En 2016 ils étaient 13 000 à être pris en charge par l’ASE. En juin 2017 il y en avait déjà 18 000 et leur nombre pourrait atteindre 25 000 à la fin de l’année. La plupart viennent d’Afrique.

Dans presque tous les départements, les capacités d’accueil sont saturées, que ce soit à l’hôtel, en foyer, voire dans des familles. Dans l’Isère, où 150 mineurs isolés étaient arrivés en 2015, on en attend cette année 1 400. En Seine-Saint-Denis, 450 jeunes étaient pris en charge en 2015 contre 900 aujourd’hui. En octobre 2016, lors de l’évacuation de la « jungle » de Calais, le gouvernement avait bien créé 70 centres d’accueil spécialisés pour les 2 000 mineurs qui s’y trouvaient et il les gérait directement, mais il avait pris soin de préciser que ces structures n’avaient pas vocation à durer, et elles ont effectivement presque toutes fermé aujourd’hui.

Pour ces jeunes qui ont pris tous les risques et bravé les pires souffrances pour arriver en Europe, la situation est catastrophique. Les délais pour faire évaluer leur âge ne cessent d’augmenter, et sont passés de huit jours à trois bonnes semaines dans certains départements. Une partie d’entre eux est à la rue. À cela s’ajoute le sort de ceux qui ne sont pas reconnus comme mineurs bien que très jeunes, sans parler des migrants qui, arrivés mineurs en France, dépassent le cap des 18 ans et ne sont plus protégés.

L’expulsion pour les migrants adultes, la rue pour les enfants et les adolescents, c’est la politique du gouvernement.

Daniel MESCLA