Génocide rwandais : des soldats français accusés de viol

29 Juin 2011

Trois femmes tutsies viennent de dénoncer les viols dont elles ont été victimes de la part de soldats français de l'opération Turquoise, l'intervention militaire qui s'est déroulée au Rwanda entre juin et août 1994, lors des massacres de la communauté tutsie par les Hutus, l'ethnie dominant alors l'État rwandais.

Tout indiquait déjà que les soldats français ont été alors au moins les spectateurs passifs du massacre des Tutsi au Rwanda entre avril et juin 1994. Mais de plus, durant ces trois mois, selon la Fondation de France et Médecins sans frontières, « le viol des femmes a été systématique, arbitraire, planifié et utilisé comme une arme de nettoyage ethnique pour détruire très profondément les liens d'une communauté, en laissant les victimes silencieuses ». Apparemment, certains soldats français se sont sentis autorisés à y prendre leur part.

Les plaignantes devaient être entendues le 28 juin par un juge d'instruction du tribunal aux armées de Paris (TAP), dans le cadre d'une plainte pour « crimes contre l'humanité ».

Il a fallu sept ans de procédure pour en arriver à cette audition, qui a obligé ces trois femmes à venir du Rwanda pour être entendues... avant que l'audition ait finalement été annulée par un « empêchement de dernière minute du magistrat » instructeur !

L'une des trois plaignantes, qui se fait appeler « Olive », accuse les militaires français d'avoir commis des viols collectifs dans l'un des camps sous leur contrôle. « Parfois, il y avait jusqu'à une dizaine de militaires français qui me violaient, explique-t-elle. Aucun ne m'a porté assistance. Ils venaient à deux m'arracher de ma tente, pendant que d'autres faisaient la même chose juste à côté. On se retrouvait toutes dans la tente des militaires qui disaient aux autres : "Venez, les filles sont là !". C'était comme un repas quotidien. » Elle poursuit : « D'autres fois, ces militaires en uniforme nous emmenaient en brousse, ils étalaient un drap, nous violaient tout en prenant des photos. Maintenant, je veux la justice pour retrouver ma dignité. »

« Françoise » a été violée également, dans un autre camp dont les soldats, dit-elle, « nous ont violées parce qu'on était tutsies ! Beaucoup de militaires étaient persuadés que nous n'allions pas survivre. Ils étaient vraiment du côté des milices extrémistes hutus ». La troisième, « Diane », explique avoir été « battue par des [milices] Interahamwe -- Hutu -- aidés par les militaires français de l'opération Turquoise ».

Les trois plaignantes devraient maintenant être reconvoquées, s'il n'y a pas un autre « empêchement de dernière minute ». Six autres femmes rwandaises avaient déjà porté plainte contre des soldats français le 16 février 2005, dans le cadre d'une autre procédure du même tribunal.

Cette affaire éclaire encore une fois ce qu'était la prétendue neutralité de l'armée française. Le tribunal a deux témoins masculins qui ont parlé dans le même sens, l'un indiquant que « ces viols étaient uniquement perpétrés à l'encontre des femmes tutsies en raison de leur ethnie, les femmes hutues étant préservées » et l'autre confirmant les liens étroits entre l'armée française et les tueurs hutus.

L'armée française s'est contentée de démentir ces accusations de viols. Pour le reste, fidèle à elle-même, elle reste muette.

Jacques FONTENOY