Prix du carburant : faux remèdes et vrais profits pétroliers

04 Janvier 2023

Depuis le 1er janvier, finie la ristourne de 10 centimes par litre de carburant dans les stations-service. À la place, une indemnité carburant dérisoire est instituée. Pendant ce temps les pétroliers continuent à faire des profits record.

Face à la flambée des prix des carburants le gouvernement n’a cessé de naviguer entre différentes mesures pour sembler se préoccuper de cette question vitale pour bien des travailleurs. La ristourne sur le prix de l’essence ou du gazole s’est d’abord élevée à 18 centimes par litre, puis est passée à 30 centimes et est redescendue à 10 centimes le 16 novembre. En tout, ce sont 7,6 milliards d’euros d’argent public qui ont ainsi été versés aux capitalistes du pétrole en compensation d’une petite baisse de leurs prix et sans que leurs profits astronomiques aient jamais été écornés.

TotalEnergies a donc pu annoncer des bénéfices record : sur les neuf premiers mois de l’année, il a déjà ­déclaré 17,3 milliards de dollars de bénéfice net, un montant supérieur à ce qui avait été ­réalisé sur toute l’année 2021. Le groupe a même pu créer sa propre ristourne temporaire, qui lui aurait coûté environ 500 millions d’euros… et sans doute rapporté pas mal de clients en plus.

Le gouvernement a promis que la fin de la ristourne serait compensée par une indemnité carburant de 100 euros versée en une fois aux automobilistes les plus modestes. Or cette indemnité ne concernera que ceux dont le revenu fiscal annuel de référence par part est inférieur à 14 700 euros, donc ceux qui gagnent à peine le smic ou en dessous, ou qui ont une famille nombreuse. Autant dire qu’une grande masse de travailleurs pourtant en difficulté ne sont pas concernés par cette prime, qui en plus laisse de côté les retraités et les chômeurs. Tout est ainsi fait pour créer une division entre ceux qui y ont droit et les autres. Sans parler des démarches à effectuer pour la toucher, qui vont dissuader un grand nombre.

Mais le fond est encore ailleurs. Face à l’inflation, le gouvernement fait tout pour protéger les capitalistes qui en sont les profiteurs. Il a laissé ceux du secteur pétrolier profiter massivement de la situation pour faire les poches des automobilistes et s’enrichir sans vergogne. Quand les travailleurs des raffineries se sont mis en grève, l’État a défendu les profits de ces groupes en réquisitionnant des grévistes.

À l’autre bout, les milliards d’euros versés en ristournes et en chèques sont autant d’argent public et seront payés par la population d’une autre façon.

Charles Legoda