ExxonMobil : touchez pas au grisbi

04 Janvier 2023

Le groupe pétrolier ExxonMobil a déposé un recours devant la justice européenne contre la « contribution temporaire de solidarité » décidée par l’UE.

Alors que ce groupe a réalisé un bénéfice net de 37,6 milliards de dollars aux seuls deuxième et troisième trimestre 2022, il refuse de payer cette taxe qui ne devrait atteindre pour lui que deux milliards.

La contribution temporaire de solidarité a été décidée le 30 septembre par les membres de la Commission européenne, accompagnés des ministres de l’Énergie des 27 pays de l’UE. Dans un contexte marqué par l’inflation, ils ont prétendu s’attaquer aux super-profits des groupes de l’énergie ­réalisés depuis le début de la guerre en Ukraine.

Cette taxe avait aussi servi à Macron pour s’opposer à une mesure semblable en France. Tout ce bruit est fait pour une mini-taxe, et temporaire qui plus est ! L’assiette sur laquelle repose le prélèvement de 33 % est, en effet, bien petite par rapport aux profits totaux réalisés par les groupes ciblés. Le mécanisme devrait s’appliquer aux entreprises dont les profits de 2022 sont supérieurs de 20 % à la moyenne des quatre années précédentes, c’est cette somme supplémentaire qui serait taxée. Pour TotalEnergies, par exemple, la contribution pourrait ne représenter que 640 millions à 1 milliard de dollars, alors que le groupe pétrolier a ­réalisé 6,5 milliards d’euros de bénéfices au troisième trimestre 2022 et 18 milliards au premier semestre. De plus, seuls les secteurs du pétrole, du gaz, du charbon et du raffinage sont concernés. Sont-ils les seuls grands groupes à profiter de la guerre pour accroître leurs bénéfices ? Que dire des fabricants d’armes ?

Les dirigeants de l’UE veulent faire croire qu’ils prennent une mesure en faveur des populations, tout en prenant grand soin de ne pas écorner les profits des grands groupes. Mais les petits calculs de l’UE, ExxonMobil s’en moque. Ce grand groupe fait partie des entreprises faisant le plus de profits au monde grâce à l’exploitation, au pillage de territoires et à la corruption, les plus émettrices de gaz à effet de serre dans ce secteur, et n’en refuse pas moins de payer cette taxe ridicule. Pourquoi se gêner ?

Joséphine Sina