"Mettre fin à l’omerta patronale"

06 Avril 2022

L’abolition du secret des affaires permettrait de faire la transparence sur les circuits de l’argent. Cette transparence montrerait comment les gros se gavent sur les petits, comment les donneurs d’ordre augmentent leurs marges en étranglant leurs sous-traitants, comment les grands groupes échappent aux impôts avec leur savant édifice de filiales, de sous-filiales… et comment les banquiers se conduisent comme de véritables patrons vis-à-vis des artisans commerçants qui se croient indépendants mais qui passent leur vie à rembourser leur crédit !

L’abolition du secret des affaires est une revendication dans laquelle peuvent se retrouver beaucoup de travailleurs indépendants, parce qu’eux aussi, ils sont baladés de mensonges en mensonges par le grand capital. Et pour les salariés elle sera décisive.

Si les salariés s’emparent de cette revendication et se mobilisent pour exercer leur propre contrôle sur les comptabilités et les contrats, ils mesureront l’ampleur de l’exploitation. Ils verront que les bas salaires ne sont là que pour assurer de gros bénéfices et de gros dividendes ! Ils réaliseront que tout ce qui est jugé impossible aujourd’hui, embaucher, augmenter les salaires, ralentir les cadences ou travailler moins et payer les retraites, est parfaitement réalisable !

Avec l’abolition du secret des affaires, on mettrait fin à l’omerta dans les entreprises. Cette omerta qui a permis au groupe d’Ehpad Orpea d’organiser tout un système pour détourner de l’argent public, quitte à maltraiter et même affamer ses résidents ! Cette omerta qui permet au grand patronat de polluer, d’épuiser les ressources et de saccager la planète ! Et pour y mettre fin, nul besoin de commissions d’enquête et autres autorités de contrôle, il suffira de s’appuyer sur ceux qui, dans les entreprises, ne sont pas aveuglés par la rentabilité du capital : les travailleurs !

[…]

À ce jour, dans ce pays, la principale contribution des classes populaires à l’effort de guerre, c’est le racket quotidien qu’elles subissent sur le prix du pétrole et du gaz. Le secteur énergétique est une formidable source d’enrichissement et de spéculation pour la grande bourgeoisie. Total, Engie et leurs concurrents sont des profiteurs de guerre.

Aujourd’hui, pas un seul gazoduc venu de Russie n’est coupé. Et c’est la même chose pour le pétrole. L’essence que l’on nous vend à la pompe a été achetée il y a plusieurs mois par les compagnies pétrolières. Mais les prix affichés à la pompe, eux, s’alignent sur le cours du baril de pétrole actuel. Rien ne justifie de telles hausses si ce n’est la spéculation.

Il est vital pour le monde du travail de connaître et de rendre public le détail de ces contrats commerciaux.

Ce qui vaut pour l’énergie est encore plus spectaculaire pour l’armement. Depuis le début de la guerre, tous les pays européens ont annoncé des augmentations de leur budget militaire.

Il n’y avait pas le moindre euro en réserve pour faire fonctionner les hôpitaux, il y a des centaines de milliards immédiatement disponibles pour des avions de guerre et des missiles. Pour le bonheur de Thales, de Dassault et des autres marchands d’armes, dont le cours des actions s’est envolé.

Et les 100 milliards de rallonge pour l’armée allemande donnent déjà lieu à une bataille entre Dassault et Lockheed Martin pour savoir qui aura le marché des avions de combat, des Rafale ou des F-35 américains. Plus que jamais, les chefs d’État se transforment en agents commerciaux des marchands d’armes.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Anatole France avait écrit : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les profits des industriels. » Eh bien pour ne pas mourir pour les profits des industriels, il faut populariser l’idée du contrôle ouvrier sur les capitalistes de l’énergie et ceux de l’industrie militaire.

Pour s’opposer aux sacrifices imposés au nom de l’union sacrée, notre mot d’ordre doit être : confiscation des bénéfices de guerre et expropriation des entreprises travaillant pour la guerre comme celles de l’énergie. Pas un euro pour les marchands de canons ! Pas un euro pour gaver les actionnaires de Total !

Je sais qu’au dernier moment beaucoup de ceux qui sont d’accord avec l’idée que le capitalisme nous mène dans l’impasse choisiront de faire ce qu’ils croient être un vote utile à gauche. Un peu comme on jette une bouteille à la mer. En se disant que de toute façon, ça ne peut pas faire du mal.

Eh bien si, cela peut faire du mal car le monde du travail se réveille toujours de ses illusions électoralistes avec la gueule de bois. L’électoralisme conduit à la résignation et à la passivité. Lorsqu’on est conscient que la force des travailleurs ne se trouve pas dans les urnes, il faut faire un vote militant, un vote pour montrer son camp, sa politique, ses perspectives aux autres travailleurs.

Alors, certes, nous sommes à contre-courant. Mais à contre-courant de quoi ? De l’individualisme ? Du culte de l’argent ? Du nationalisme ? De la guerre ? Eh bien oui, mille fois oui, parce que l’avenir de la société n’est pas de ce côté-là !

Nos idées ne peuvent devenir fortes que lorsqu’elles seront portées par les masses. Mais il est vital de préparer l’avenir, en les défendant contre vents et marées et en étant capables de les exprimer en toutes circonstances, y compris lors d’une élection comme celle-ci.

C’est dans ces périodes de troubles qu’il faut tenir. C’est le seul moyen d’offrir une perspective politique le moment venu, et c’est ce qu’illustre l’histoire des révolutionnaires qui ont tenu le choc en 1914 : d’abord emprisonnés, ils sont sortis de prison pour se retrouver à la tête d’une révolution. Parce que, oui, une idée révolutionnaire peut avoir des conséquences formidables !

Alors le 10 avril prochain, faites entendre le camp des travailleurs.

* Vous direz que les emplois, les salaires, les pensions, doivent passer avant les cours boursiers et les dividendes des grandes fortunes

* Vous direz que l’argent doit aller aux services utiles à la population : aux hôpitaux, aux maisons de retraite, aux écoles et aux universités, aux logements et aux transports publics.

* Vous rejetterez le racisme et le nationalisme, ces idéologies qui dressent les travailleurs les uns contre les autres.

* Contre les guerres : vous affirmerez que le sort des peuples ne doit pas rester aux mains des gouvernements impérialistes, de leur diplomatie, de leurs états-majors.

* Contre cette société folle vous direz : à bas le système capitaliste qui ne profite qu’à une minorité privilégiée et qui nous pousse dans le mur !