Espagne : fausses promesses aux travailleurs, cadeaux aux patrons

06 Avril 2022

En Espagne, l’augmentation des prix a atteint en mars 10 % sur un an, soit un des taux les plus élevés en Europe. L’essence, en particulier, est arrivée à 2 euros le litre, mais ce sont aussi tous les prix de la vie courante qui se sont envolés, comme ceux de l’huile, des produits frais ou encore du gaz.

Face à cette situation d’urgence, si le gouvernement de coalition de Pedro Sanchez, dans lequel on trouve des ministres de Unidas Podemos (Podemos et Izquierda Unida), gesticule beaucoup, c’est toujours en fin de compte au bénéfice du patronat.

Depuis le début de l’année, le gouvernement a pris des mesures « historiques », élevant le salaire minimum à 1 000 euros en février, ce qui représentait une augmentation de 3 % sur un an. Tout aussi historique est la vitesse à laquelle cette augmentation est rongée par l’inflation. Fin mars, un paquet d’aides de 6 milliards a été mis en place : baisse du prix des carburants à la pompe, crédits d’impôt et autres aides fiscales, qui profiteront surtout aux grandes entreprises. Le gouvernement promet aussi d’interdire les licenciements pour les prochains mois ou de limiter l’augmentation des loyers à 2 %, sans que l’on puisse croire que cela limitera la casse.

En 2021, les prix de l’électricité avaient déjà battu des records, augmentant de 5 ou 6 fois, et le gouvernement avait pris des mesures, prétendument pour calmer les marchés et limiter la rapacité des entreprises. Malgré cela, les factures des foyers ont continué de monter, alimentant ainsi les profits des trois plus importants fournisseurs d’énergie, qui ont empoché deux milliards de plus que l’année précédente. Quant aux licenciements, s’ils avaient déjà été interdits en principe pendant le Covid, la mesure n’a jamais été appliquée.

Dans les milieux populaires on en est maintenant réduit à faire comme on peut. On évite de cuisiner trop longtemps pour ne pas trop utiliser le gaz, de prendre la voiture pour le travail, quitte à passer des heures en transports en commun, ou bien on n’allume pas le radiateur. Le gouvernement fait l’apologie de la débrouillardise individuelle, ce qui revient à avouer son impuissance.

Les salariés et les petits patrons de secteurs très particuliers comme les pêcheurs et les camionneurs se sont mobilisés. Après plusieurs jours de grève en mars, voyant que les étals des magasins fondaient, le gouvernement a négocié... mais il ne l’a fait qu’avec les grandes entreprises du secteur, d’ailleurs pas particulièrement favorables au mouvement, et en oubliant qu’une des principales revendications de celui-ci était justement liée à l’attitude de ces mêmes grandes entreprises qui obligent les conducteurs à travailler à perte !

Le gouvernement « le plus progressiste de l’histoire », comme ses composantes aiment à le présenter, fait dans le très classique : fausses promesses aux travailleurs et vrais cadeaux aux patrons.

Adrien Baye