Climat : le capital met en danger la planète

06 Avril 2022

Lundi 4 avril, le GIEC (le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) rendait compte du dernier volet de son sixième rapport d’évaluation sur les conséquences de l’évolution du climat, déréglé par les activités humaines et en particulier les rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Jusqu’ici, les avertissements de ces experts scientifiques, venus de toute la planète, sont restés sans effet. Chaque rapport est plus alarmiste que le précédent, et pour cause, car la situation dans le monde continue de s’aggraver. Ces experts pensent que les déréglements climatiques causés par ces rejets sont tels qu’il ne sera plus possible de les arrêter. On ne pourra qu’en limiter les effets à condition, disent-ils, d’un changement radical du comportement des États et des multinationales. Mais est-il seulement réaliste et raisonnable d’attendre aujourd’hui plus qu’hier quoi que ce soit des gouvernants de la planète ?

La première grande conférence internationale pour lutter contre les déréglements climatiques causés par l’empoisonnement de l’atmosphère, la pollution des mers, etc., a eu lieu il y a déjà vingt-cinq ans, en 1997 à Kyoto, au Japon. Les dirigeants du monde promettaient alors un changement radical... à l’horizon 2012. En 2012, le constat était déjà que tout avait empiré. En 2015, c’était le nouvel accord, « historique » lui aussi, l’accord de Paris, mais sans plus de conséquences. Les rapports du GIEC, censés servir de référence depuis 1980 à l’action de l’ONU, n’ont pas plus servi que l’ONU elle-même. Mais ils ont au moins le mérite de poser les problèmes de la préservation de la vie pour des centaines de millions d’habitants de la Terre, voire pour l’humanité tout entière.

Cette destruction inexorable a une seule cause : le fait que l’économie est aux mains des grands trusts mondiaux, détenus par une poignée de richissimes multimilliardaires. Soutenus par les États de la planète, tous à leur service, ils ne prennent leurs décisions qu’en fonction des profits qu’ils peuvent en attendre. Ils savent tout du sujet climatique, peuvent même pérorer sur le sujet, le soir, assis dans leurs villas de luxe ; mais, le matin, ils attendront de leurs exécutants les résultats de leurs gains financiers. Et cela « quoi qu’il en coûte » à la planète.

La course mortifère au profit touche toutes les branches de la production. Les forêts, qui sont pourtant définies depuis des décennies comme un réservoir vital pour la préservation de l’atmosphère, ont vu disparaître des centaines de milliers d’hectares. Leur abattage massif dans le monde est l’œuvre des compagnies américaines, françaises, allemandes, canadiennes, néo-zélandaises, australiennes. Les pays dévastés sont la Nouvelle-Guinée, toute l’Afrique, premier réservoir mondial de forêts, avec une prédilection pour le Gabon, étroitement lié à la France capitaliste dont les dirigeants osent se présenter comme des défenseurs de la nature. Mais c’est aussi toute l’Amérique latine, avec en premier lieu les pays qui touchent l’Amazonie. Une bonne partie de l’Asie l’est aussi, avec l’Indonésie qui a vu ses forêts dévastées pour laisser place aux cultures destinées à l’huile de palme dont les industriels sont si friands.

Dans d’autres secteurs de cette économie anarchique, où les possesseurs de gros capitaux ont le droit de faire ce qu’ils veulent, les dégâts dans l’atmosphère et la pollution des mers s’aggravent. La fameuse expression « après moi le déluge » est l’illustration parfaite du comportement des magnats qui dominent le monde et son économie.

Les convaincre, eux et leurs États, d’avoir une autre attitude que leur irresponsabilité criminelle d’aujourd’hui, c’est de l’inconscience pour certains et un mensonge grossier pour d’autres. Le seul remède à appliquer à une telle société est de renverser la classe capitaliste qui la dirige. Pour satisfaire les besoins de l’humanité tout en sauvegardant le climat et la planète, l’économie doit être planifiée à l’échelle mondiale, sous le contrôle des travailleurs et ceux-ci doivent prendre le pouvoir.

Paul SOREL