Transport aérien : le profit c’est du vol

12 Janvier 2022

Chaque jour depuis la fin décembre, on apprend que des milliers de vols sont supprimés dans le monde, et que ce serait un des très nombreux effets de la cinquième vague du Covid.

D’une part, des voyageurs atteints ou craignant d’être contaminés à bord ou dans le pays d’arrivée annulent leur déplacement au dernier moment ; d’autre part, des pilotes, des hôtesses et des stewards manquent à l’appel, le virus les frappant d’autant plus fort qu’il circule pendant des heures dans un espace confiné – celui de la cabine d’un avion. En effet, les compagnies aériennes comme les sociétés propriétaires des aéroports ne sont pas forcément les plus en pointe sur les mesures de contrôle aux départs et aux arrivées, mesures qui, bien sûr, freinent la bonne marche des affaires.

Mais, en même temps que l’on assiste donc à une forte contraction des flux d’usagers des transports aériens, on constate aussi que des avions volent… à vide.

Il y a là un énorme gâchis d’énergie, et une folie sur le plan de la sécurité, la multiplication des vols entraînant mécaniquement celle des risques d’incidents, voire d’accidents, sans parler de la pollution sonore et gazeuse.

Ce n’est pourtant pas une aberration du point de vue de la course au profit, donc de la concurrence entre les compagnies. En effet, les plus grandes d’entre elles se sont partagé, au terme de bras de fer financiers répétés, ce que l’on appelle les « slots », autrement dit les créneaux d’atterrissage et d’envol, sur les principaux aéroports de la planète. Ce sont ceux précisément qui drainent le plus de clientèle, donc de revenus pour les compagnies. Or, dès qu’une compagnie n’utilise plus – ou plus assez souvent – un slot, elle risque de perdre le droit de s’en servir. Avec comme conséquence, que ses concurrents se précipiteront pour s’en emparer. Alors, pour tenter de l’éviter, il faut faire voler des avions à vide.

Pour éviter que cela grève trop le budget des compagnies, les plus importantes négocient des accords de tolérance avec des autorités, comme celles de l’Union européenne qui acceptaient 65 % de déshérence pour un slot au début de la pandémie, et 50 % actuellement.

Évidemment, malgré tous ces arrangements, faut-il encore qu’il y ait assez d’équipages disponibles. Dans le cas d’une compagnie comme Air France, qui a obtenu de l’État qu’il indemnise le chômage partiel, cela tombe bien. En tout cas, elle fait savoir qu’elle a suffisamment de réserves de personnel et d’aides de l’État pour ne pas devoir supprimer trop de vols, au contraire de certaines de ses concurrentes qui courent après les équipages, quitte à essayer d’en débaucher ailleurs.

Pierre LAFFITTE