Égypte : un opposant libéré, combien encore dans les geôles de Sissi ?

12 Janvier 2022

Le 8 janvier, le militant égypto-palestinien Ramy Shaath est arrivé à Paris. Les autorités égyptiennes ont fini par le libérer après deux ans et demi de prison.

Ramy Shaath, opposant au régime, avait pris part aux révoltes de janvier 2011 contre Moubarak et militait pour les droits du peuple palestinien. Il avait été arrêté sous prétexte d’avoir voulu « fomenter des troubles contre l’État » et « d’assistance à un groupe terroriste ». Son épouse française, qui avait été expulsée d’Egypte au même moment, a combattu pour la libération de Ramy, rencontrant notamment Macron pour lui demander son intervention auprès de son homologue, le dictateur égyptien Sissi.

Ramy Shaath a été soutenu par les milliers de signataires d’une pétition, par des organisations des droits de l’homme, et même par des représentants de l’Autorité palestinienne, intervenus directement pour le faire libérer. Il a connu l’angoisse, les mauvais traitements et les geôles infâmes que la dictature de l’ex-maréchal inflige à tous ceux qui osent le contester.

Pour un détenu heureusement libéré, même s’il a été obligé de renoncer à la nationalité égyptienne, combien de milliers croupissent encore en prison, sans jugement, sinon un passage éclair devant un tribunal militaire ? Ce fut le cas, le 20 décembre dernier, du militant opposant Alaa Abd el-Fattah, régulièrement jeté en prison depuis sa participation, avec des milliers d’autres jeunes, au mouvement de janvier 2011. Emprisonné par Morsi, le résident islamiste membre des Frères musulmans, puis par Sissi, il avait à nouveau été arrêté en septembre 2019 en vertu d’un décret sur la diffusion de fausses nouvelles et condamné, cette fois, à cinq ans de prison. En même temps que lui, l’avocat Mohamed al-Baqer et le blogueur Mohamed Ibrahim ont connu le même sort. Pour ne citer que quelques personnalités connues, l’ONG Human rights watch rappelle l’arrestation d’anciens parlementaires ou candidats qui avaient osé se présenter à des élections face à Sissi et qui, depuis, croupissent en prison, âgés et malades. Des milliers d’autres, opposants, travailleurs revendiquant contre une injustice de leur patron, blogueurs, ou simplement jeunes révoltés connaissent le même sort après une arrestation, une « disparition forcée » laissant leur famille dans l’angoisse, quand ils ne subissent pas les coups ou la torture.

Le président égyptien tente de maintenir grâce à sa dictature le pouvoir de la bourgeoisie égyptienne et des riches membres de l’état-major, dans un pays qui subit lourdement la crise mondiale. Il poursuit aussi ses attaques contre les pauvres, en limitant encore la distribution des cartes de ravitaillement nécessaires aux familles pour se procurer les produits de première nécessité. Parallèlement, les travailleurs sont souvent contraints de se battre simplement pour obtenir leur dû, comme les employés de la radio-télévision qui se sont récemment rassemblés au Caire contre les heures non payées.

Mais qu’importe la situation de 100 millions de travailleurs et pauvres d’Egypte aux yeux des dirigeants occidentaux, si leur président est un des premiers clients des marchands d’armes de la France ?

Viviane LAFONT