Des sanctions bien faibles

12 Janvier 2022

Jeudi 6 janvier, le tribunal de Bobigny a reconnu coupables de violences et d’injures à caractère raciste les six policiers qui s’en étaient pris à Samir Elgendy, jeune ouvrier égyptien soupçonné de vol, lors de son interpellation à L’Île-Saint-Denis durant la nuit du 26 avril 2020.

Sur la vidéo, filmée par un riverain, on voit plusieurs policiers plaisanter bruyamment sur le fait que le jeune arrêté s’était jeté dans la Seine pour leur échapper. L’un d’eux dit : « Il sait pas nager, un Bicot comme ça, ça nage pas. » Un autre s’esclaffe et ajoute : « Ça coule, tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied ! » Plus tard, on entend l’ouvrier crier, de peur ou de douleur, déclenchant à nouveau l’hilarité des policiers. Au procès, il a expliqué avoir été frappé au sortir de l’eau, puis dans le fourgon et durant tout le trajet vers le commissariat.

La vidéo ayant été aussitôt publiée sur les réseaux sociaux, et une plainte déposée par quatre associations de lutte contre le racisme, le ministre de l’Intérieur Castaner n’avait pu que confier une enquête à l’IGPN, aboutissant à la suspension trois jours du policier ayant parlé de « Bicot ». Le tribunal de Bobigny vient de condamner ce dernier à six mois de prison avec sursis, quatre de ses collègues à six mois ferme et interdiction d’exercer pendant douze mois, et une policière à douze mois de prison avec sursis, pour « non-empêchement des violences ».

Ces sanctions, bien faibles au regard de la violence de la scène, sont pourtant très exceptionnelles. Le procès n’a vu le jour que parce que ces policiers ont été filmés. Mais en l’absence de telles vidéos, les policiers savent que les condamnations sont rarissimes et, le plus souvent, c’est la loi du silence et de l’impunité.

Julie LEMÉE