Métallurgie : le patronat veut des reculs

05 Janvier 2022

Le 21 décembre s’est tenue la dernière réunion de négociation d’une convention collective nationale entre le patronat de la métallurgie, l’UIMM, l’Union des industries et métiers de la métallurgie, et les fédérations syndicales de cette branche industrielle, qui regroupe plus de 1,5 million de travailleurs dans environ 42 000 entreprises.

Les délégations CFDT, FO, CGC se sont d’ores et déjà déclarées favorables au texte et prévoient de le signer d’ici la fin janvier. Son application interviendrait au 1er janvier 2024.

Ces négociations ont commencé il y a six ans et n’ont été qu’un jeu de dupes. En effet, depuis un siècle et demi, malgré toutes les luttes, y compris les grèves générales de 1936 et 1968, les patrons représentés par le Comité des forges puis par l’UIMM avaient toujours refusé le principe même d’une convention collective nationale. Les seules exceptions sont celle des ingénieurs et cadres et celle de la sidérurgie. Les conditions d’emploi des centaines de milliers de travailleurs de la métallurgie sont donc éclatées entre 78 conventions territoriales, 25 accords nationaux et 52 avenants. Aussi quand en 2016, dans un contexte de rapport de force défavorable aux salariés et marqué par de multiples reculs inscrits dans le Code du travail, l’UIMM s’était soudain dite prête à une négociation qu’elle avait toujours refusée, il était évident que ce n’était pas pour faire des cadeaux. Toutes les fédérations syndicales ne s’en étaient pas moins félicitées et précipitées à la table des pseudo-négociations.

Le bilan aujourd’hui est un texte de 230 pages reprenant tous les reculs inscrits dans le Code du travail ces dernières années, notamment sur le temps de travail, son organisation et l’utilisation des possibilités dérogatoires à la loi.

Ainsi le quota maximum d’heures supplémentaires annuelles pourra être de 450 heures, au lieu de 220 actuellement. La possibilité de déroger aux onze heures de repos quotidien pour n’en garder que neuf est aussi largement facilitée. Le mode de calcul de la prime d’ancienneté est aussi changé, ce qui pourrait entraîner, selon la CGT, entre 10 et 16 % de perte. Quant au complément de ressources prévu, il ne concerne que les salariés titulaires d’un contrat de travail d’ici le 31 décembre 2023. Le calcul de la prime de panier, importante en particulier pour les travailleurs de nuit ou en déplacement, est également revu. Toujours selon la CGT, le nouvel indice de référence est inférieur à l’actuel dans la moitié des conventions en vigueur.

D’autres dispositions spécifiques à certaines conventions territoriales (primes diverses, jours de congés spéciaux) seront également sur la sellette lors de réunions renvoyées à l’échelle territoriale dans les mois qui viennent.

Que l’on soit ouvrier, technicien ou cadre, tout le système actuel de classification disparaît et c’est l’individualisation qui est la règle : tout un système de cotation du poste tenu par le salarié sera mis en place en fonction des critères retenus dans la convention nationale, et pour cela des négociations auront lieu par entreprise, d’ici le 31 décembre 2023. On risque alors de voir certains délégués syndicaux se laisser absorber par des réunions sans fin sur les critères de classification qui ne peuvent être que sources de division entre les travailleurs.

La priorité dans la période actuelle devrait être au contraire d’unifier les travailleurs. Les revendications vitales de salaire et d’emploi sont les mêmes pour tous, quels que soient la catégorie, l’entreprise, le statut : CDI, CDD ou intérimaires. Tous ont besoin d’un salaire qui leur permette de vivre. Il serait dérisoire de s’enfermer derrière des grilles, alors que les prix de tout ce qui est nécessaire pour vivre s’envolent de la même façon pour toutes les familles ouvrières.

Le patronat d’ailleurs ne s’y trompe pas : les taux minimum de salaire de la nouvelle grille, figurant en annexe de la convention et applicables au premier janvier 2024, sont ridiculement bas, mais d’ores et déjà trop élevés pour les patrons, puisqu’une période de transition allant jusqu’à 2030 est prévue pour les entreprises de moins de 150 salariés.

Les travailleurs n’attendront pas aussi longtemps pour exiger, non pas des aumônes, mais leur dû. Et cela ne concerne pas que les travailleurs de la métallurgie, mais toute la classe ouvrière.

Paul SOREL