Migrants : "pas nés au bon endroit"

24 Novembre 2021

Pendant que deux mille personnes grelottent encore à la frontière est de l’Europe, la situation des réfugiés sur la côte nord-ouest de la France n’est pas plus acceptable.

Les autorités annonçaient il y a peu avoir démantelé une filière de passeurs et arrêté quinze trafiquants qui, paraît-il, faisaient payer jusqu’à 6 000 euros aux réfugiés tentant de franchir la Manche vers l’Angleterre. Dans le même temps, le ministre de l’Intérieur se vantait de « sécuriser davantage le littoral » par la livraison à ses troupes de plus de cent véhicules adaptés à la lutte contre l’immigration clandestine, Quads, 4X4, Zodiacs, mais aussi caméras thermiques, projecteurs dits d’éclairage tactique… et « effets d’habillements » dont on n’ose même pas espérer qu’ils soient destinés aux migrants victimes de naufrage dans les eaux glacées.

Ce n’est pas à un mur que se heurtent ceux qui tentent la dangereuse traversée, mais c’est tout comme. Les sauveteurs dunkerquois de la Société nationale de sauvetage en mer, la SNSM, ont dû cette année sortir leur canot 45 fois soit près de trois fois plus souvent qu’en 2020. Ils ont calculé que, récemment, en une seule nuit, 272 personnes ont été secourues, tous moyens confondus, tandis que plus de mille autres auraient réussi à gagner la côte britannique.

Mais les bénévoles de la SNSM n’ont pu que réchauffer voire confier ces réfugiés aux secours, pour les voir s’éloigner avant de retenter la traversée. Selon un récent rapport d’une commission parlementaire, menée par le député Sébastien Nadot, ils ne sont en effet que 200 000 environ, soit 0,3 % de la population du pays, à obtenir en France un premier titre de séjour, qui ne leur donne que quelques maigres droits. Le délai de carence est de trois mois avant d’accéder aux soins, six mois avant d’avoir le droit de travailler officiellement. La commission fait état notamment d’une diminution importante des visas accordés, afin de contraindre les pays de départ à les accepter de nouveau, de mises en rétention administrative d’enfants parce que migrants, d’une augmentation des frais d’inscription à l’université pour les étudiants étrangers, et pour résumer d’une gestion purement policière de l’immigration par le seul ministère de Darmanin.

Comme le remarquait tristement une bénévole de la SNSM de Dunkerque, « il y a des gens qui sont nés au bon endroit ». D’autres, non.

Viviane LAFONT