Secret de la confession : le séparatisme de l’Église

13 Octobre 2021

Après la publication de l’accablant rapport sur les abus sexuels massifs commis pendant des décennies au sein de l’Église catholique, le chef des évêques de France a justifié le long silence de son institution en déclarant que « le secret de la confession est plus fort que les lois de la république ».

Devant le tollé provoqué, il a précisé que les curés ou leurs supérieurs bénéficient du secret professionnel, tout comme les médecins ou les avocats. À ses yeux, cela justifierait qu’ils ne dénoncent pas les crimes avoués par leurs ouailles dans le secret du confessionnal. Le fait est que les lois républicaines, invoquées du matin au soir par des politiques pour fustiger le séparatisme supposé des musulmans ou d’une fraction d’entre eux, reconnaissent explicitement un tel secret professionnel au clergé catholique. Sous cette forme volontairement provocatrice, le patron des évêques a voulu rappeler que l’Église catholique était au-dessus des lois communes.

Au lendemain de la publication d’un rapport qui accuse cette Église d’avoir couvert 3 000 prêtres ayant commis quelque 300 000 agressions sexuelles de mineurs en soixante-dix ans, il y a de quoi choquer. Du coup, le ministre de l’Intérieur et des cultes s’est senti obligé de convoquer ce monsieur « pour un entretien ». Gérald Darmanin y a mis les formes. Il n’a pas envoyé la police arrêter spectaculairement ce personnage « radicalisé », ni envisagé de fermer administrativement les locaux ecclésiastiques dans lesquels ces crimes pédophiles ont été commis. On imagine la campagne qui se serait déchaînée dans le pays si un porte-parole des musulmans de France avait déclaré les lois de Dieu « au-dessus de celles de la république » !

Au sein même de cette république dont les représentants ne cessent d’invoquer la laïcité, l’Église catholique a du poids et veut qu’on le sache. Malgré la loi de 1905, dite de séparation de l’Église et de l’État, les communes sont tenues de financer l’entretien des églises et l’État finance l’enseignement privé, essentiellement catholique, à plus de 80 %. Par l’influence de ses dignitaires, par les multiples associations qu’elle contrôle, par ses réseaux occultes ou pas, l’Église ­catholique pèse, au sommet, dans toutes les institutions de l’État, l’armée, la justice, l’Éducation nationale, et les dirigeants politiques l’acceptent. Ce n’est pas la révélation de « quelques » crimes qui empêchera le chef des évêques de le rappeler.

Xavier LACHAU