Hôpitaux publics : obligation vaccinale et défaillance générale

15 Septembre 2021

À partir du 15 septembre, des milliers de travailleurs hospitaliers vont être écartés de leur emploi. C’est la conséquence de l’obligation vaccinale annoncée par Macron au milieu du mois de juillet.

Cette attaque directe va priver les non-vaccinés de leur salaire. C’est totalement inadmissible, pour ces travailleurs, qui n’auront même pas droit aux allocations chômage, qui auront toutes les difficultés à faire face aux dépenses quotidiennes de leur famille et verront leurs factures habituelles s’accumuler. Mais ça l’est aussi pour tous les autres hospitaliers dont les services, au détriment aussi des malades qui en dépendent, sont en permanence dépourvus du personnel nécessaire à leur bon fonctionnement et qui le seront encore plus.

Par endroits les cadres, dans l’incapacité de faire tourner leur service sans ces travailleurs non-vaccinés, vont prendre leur temps avant de les renvoyer. Ailleurs la hiérarchie, espérant leur retour un jour, propose déjà à certains une mise en disponibilité ou de prendre sur leurs congés, ce qui leur évite dans un premier temps la perte de salaire. Mais ailleurs encore elle fait pression depuis des semaines en multipliant les convocations et les menaces de licenciement. Il arrive qu’au lieu de recevoir un travailleur convoqué, les chefs se retrouvent face à une dizaine ou plus de collègues qui l’accompagnent et veulent riposter.

Partout les travailleurs, y compris bon nombre de ceux qui sont vaccinés, ressentent cette situation comme une agression. Des assemblées, des rassemblements se tiennent dans les hôpitaux. 500 personnes ont manifesté le 14 septembre devant le ministère de la Santé. Elles protestaient contre le gouvernement et les directions qui orchestrent cette manœuvre destinée à faire porter le chapeau de la crise sanitaire aux non-vaccinés, à ceux-là mêmes qu’on a obligés à venir soigner lorsque les masques étaient rares ou lorsqu’ils étaient eux-mêmes infectés.

Les 100 000 morts du covid ne sont pas la faute des hospitaliers visés aujourd’hui, mais celle d’un système qui ne fonctionne que pour le profit immédiat au détriment des dépenses utiles à la population. Si cet été, après trois vagues de l’épidémie, le système public hospitalier a encore été près d’être débordé par la quatrième, c’est bien parce que les gouvernants l’ont sabordé en l’étranglant financièrement au fil des ans.

Cette obligation vaccinale ne peut qu’accroître la désorganisation des services hospitaliers. Dans un mélange de pressions contre les travailleurs et de tentatives d’anticipation, les directions d’hôpitaux ont demandé au personnel vacciné de s’enregistrer sur des portails informatiques pour savoir avec quels effectifs les services tourneront à partir du 15 septembre. De nombreux hospitaliers ont refusé de le faire. Ils ne veulent pas se plier aux injonctions venues d’en haut. Ils ne supportent ni les mensonges gouvernementaux actuels qui prétendent qu’il n’y a pas assez de soignants vaccinés, alors qu’il n’y a pas assez de soignants tout court ; ni ceux de l’an dernier qui ont mené l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à une mise en examen.

De manière croissante les hôpitaux publics font face à une crise générale du recrutement de personnel. C’est patent depuis qu’en 2019 un mouvement parti des Urgences s’est étendu pour réclamer une augmentation des moyens et surtout celle des salaires hospitaliers d’au moins 300 euros par mois. Le gouvernement, sous la pression, n’a pris que quelques mesures très insuffisantes, au travers du Ségur de la Santé, pour répondre à cette crise.

L’obligation vaccinale vient maintenant en plus de toutes les autres contraintes et pousse encore d’autres travailleurs à partir : ceux qui ne veulent pas se faire vacciner et ceux qui n’en peuvent plus de courir en permanence, des horaires à rallonge et des jours de congé mangés par les remplacements imposés de collègues qui sont partis.

Les directions d’hôpital sont de moins en moins capables d’organiser le fonctionnement des services touchés par la pénurie de personnel. Elles prolongent certaines fermetures de lits de l’été. Cette baisse de la capacité hospitalière sera peut-être permanente, en cohérence avec la politique gouvernementale continue de fermetures de lits et de suppressions d’emplois.

Tout le système hospitalier public est ainsi envoyé dans le mur, l’obligation vaccinale ne faisant qu’accélérer le processus.

Lucien DÉTROIT