Éthiopie : une guerre meurtrière

15 Septembre 2021

Depuis maintenant onze mois, la guerre ravage la région du Tigré, en Éthiopie, et elle s’étend de plus en plus aux zones voisines. La famine y frappe aujourd’hui plusieurs centaines de milliers d’habitants, privés de vivres et de médicaments par le blocus qu’impose l’armée du gouvernement central.

Le 4 novembre 2020, Abiy Ahmed, le Premier ministre de l’État fédéral d’Éthiopie, qui regroupe douze États-régions, dont le Tigré, déclenchait cette guerre pour contrecarrer les velléités sécessionnistes des dirigeants tigréens. Il ne fallut pas longtemps à ses troupes pour s’emparer de la capitale tigréenne Mekele. Mais ce n’était là qu’un début. Retranchés dans les montagnes, les soldats tigréens reprirent le dessus et reconquirent Mekele après huit mois de combat. Depuis, la guerre ne cesse de faire de nouvelles victimes. Pour tenter de briser le blocus imposé par Abiy Ahmed et l’Érythrée voisine, dont les troupes sont entrées au Tigré en même temps que l’armée fédérale éthiopienne, les soldats tigréens ne cessent d’ouvrir de nouveaux fronts en direction des autres régions, Afar et Amhara notamment. Ce conflit meurtrier est susceptible de se transformer en guerre régionale, Abiy Ahmed accusant le Soudan voisin d’abriter des camps d’entraînement des miliciens tigréens.

Abiy Ahmed, qui avait été sacré en 2019 prix Nobel de la paix, s’est transformé en fauteur de guerre et a appelé en août dernier à la mobilisation générale, exigeant que tous les éthiopiens en âge de porter les armes rejoignent l’armée ou les milices régionales pour « prouver leur patriotisme ». Une partie importante de ceux qui doivent survivre sans avoir ni travail ni ressources ont répondu à l’appel, espérant au moins être nourris, mais d’autres ne s’y sont résolus que contraints et forcés. Dans les grandes villes comme la capitale Addis-Abeba se côtoient des travailleuses et des travailleurs venus de toutes les régions, habitant les mêmes quartiers. Ils s’échinent dans les mêmes usines textiles ou sur les chantiers de construction pour le profit du capital international. C’est là, comme au Bengladesh ou au Vietnam, que sont confectionnés par des ouvrières chassées de leurs terres les vêtements vendus par les grandes marques. Tous, qu’ils soient oromos, amharas ou tigréens, doivent se battre contre l’exploitation et sont durement frappés par la hausse des prix. Le teff, céréale qui constitue la base de la nourriture éthiopienne, a vu son prix multiplié presque par deux ces derniers mois.

Les dirigeants de l’État central et de ceux du Tigré s’affrontent pour tenter d’accaparer le maximum de pouvoir, et ainsi être en mesure de jouer les intermédiaires entre le capital international et des travailleurs surexploités. Ceux-ci auraient tout à perdre à se laisser entraîner dans ce conflit sanglant.

Daniel MESCLA