Afghanistan : des milliards pour la guerre, une aumône pour le peuple affamé

15 Septembre 2021

« Tout est fermé, il n’y a plus d’argent et dans trois mois les gens n’auront plus de quoi manger. On ne peut pas continuer comme ça », dénonçait un habitant de Jalalabad, ville située à l’est de l’Afghanistan, à 150 kilomètres de la capitale Kaboul.

D’après les Nations unies, à ce rythme, 97 % de la population afghane pourrait tomber sous le seuil de pauvreté d’ici l’été 2022.

Face à cette catastrophe, conséquence de vingt années de guerre menée par les dirigeants impérialistes, ceux-ci promettent une aide totalement dérisoire. L’ONU avait demandé 600 millions de dollars pour répondre aux urgences du moment. Les représentants français ont dit vouloir débloquer 100 millions d’euros. Quant aux États-Unis, qui ont englouti 2 000 milliards de dollars dans cette guerre, ils ont avancé le chiffre de 64 millions de dollars.

Depuis l’arrivée au pouvoir des talibans à la mi-août, les financements internationaux ont été suspendus. Or, 40 % des revenus du pays venaient de ces fonds étrangers. À Kaboul, certaines banques ont ouvert de nouveau mais les retraits sont limités à 20 000 afghanis par semaine et par personne, l’équivalent de 200 euros. Et pour accéder aux distributeurs, il faut compter des heures d’attente, en espérant que les caisses aient été remplies. Mais la plupart des Afghans sont dans une situation bien pire, ne disposant pas de telles sommes. Un Afghan sur trois souffre en effet de la faim. Les services de l’éducation et de la santé qui se maintenaient encore sont en train de s’écrouler. « Les établissements médicaux et les hôpitaux qui pouvaient pratiquer des soins gratuitement sont aujourd’hui obligés de faire payer les patients, parce que ces hôpitaux n’ont plus aucune source de financement. Alors que leurs patients sont eux-mêmes en train de perdre leur emploi et que le prix des denrées de base s’envole », a dénoncé le coordinateur médical de Médecins sans frontières (MSF) en Afghanistan, Tankred Stoebe.

À cela s’ajoute le poids de la dictature que les fondamentalistes religieux veulent faire peser sur toute la population. En 2021, comme l’ont déclaré nombre d’Afghans, « les talibans n’ont pas changé ».

« Si nous voulons faire progresser les droits de l’Homme pour le peuple afghan, le meilleur moyen est d’aller de l’avant avec l’aide humanitaire, de dialoguer avec les talibans et de tirer avantage de cette aide humanitaire pour pousser à la mise en œuvre de ces droits », a expliqué le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres. Mais ceux qui manifestent contre les talibans, et en particulier toutes les femmes qui continuent de le faire pour le maintien des quelques droits acquis sous les gouvernements précédents, comme celui de travailler ou d’étudier, n’ont aucune aide à attendre de ce côté. L’aide humanitaire devient même la justification d’une politique consistant à s’entendre, quoi qu’il en coûte à la population, avec ceux qui, de toute façon, se sont imposés au pouvoir.

Les dirigeants impérialistes pourraient en effet tout à fait s’appuyer à nouveau sur les talibans, comme en 1996, et comme ils l’ont fait très souvent avec des régimes et des forces tout aussi réactionnaires, dans le but de maintenir leur domination.

Aline RETESSE