Mineurs : 727 indemnisés, des dizaines de milliers de morts

08 Septembre 2021

Le 23 août, après huit ans de procédures finalement couronnées de succès, intentées par 727 anciens mineurs des Charbonnages de Lorraine encore vivants, l’État leur a versé 10 000 euros, au nom du préjudice d’anxiété. Depuis le début de la procédure en 2013, 320 d’entre eux ont d’ailleurs été reconnus victimes d’une maladie professionnelle, cancer ou silicose.

Le succès de leur action ne doit pas faire oublier la tragédie vécue par des générations de mineurs de charbon, d’abord exploités par les compagnies minières privées, puis sous la houlette de l’État depuis ce qu’on a appelé la Libération. Car l’État, qui commandait aux Charbonnages de France, a mené une guerre incessante aux mineurs pour imposer les conditions de travail les plus pénibles.

La première maladie professionnelle qui a décimé les mineurs, celle qu’ils appelaient « la grande tueuse », c’était la silicose, causée par l’absorption par les mineurs de fond des poussières de silice lors de l’abattage du charbon, sans aucune protection adaptée. Tous les scientifiques qui ont tenté d’établir un véritable recensement des morts de silicose entre 1945 et la fin des années 1980 se sont heurtés à l’omerta organisée par les Charbonnages de France et l’État. Leur seule préoccupation était de contester autant que possible la reconnaissance de cette maladie professionnelle. Le taux de refus de reconnaissance a frôlé à certaines périodes les 40 %.

Malgré tout, les professionnels de santé qui ont mené ces multiples investigations estiment que depuis 1946 au moins 40 000 mineurs, et sans doute beaucoup plus, sont morts de la silicose, sur un effectif maximum de 320 000 mineurs. C’est dire le taux de mortalité ! D’ailleurs les demandes de reconnaissance du statut de silicosé atteignirent 7 876 en 1946, pour ne jamais descendre en dessous de 7 500 par an jusqu’en 1958. 13 à 14 % des mineurs étaient considérés comme silicosés.

Le caractère antiouvrier, odieux, du comportement de l’État et des Charbonnages s’illustra encore lorsque, en vue de la fermeture programmée des mines de charbon, l’État français s’acoquina avec l’État marocain pour recruter des dizaines de milliers d’ouvriers et les faire descendre au fond des puits en lieu et place des autres mineurs. Leurs conditions de travail étaient encore pires que celles des camarades qu’ils remplaçaient. Exploités, maltraités, les mineurs marocains, 78 000 pour les seuls puits du Nord-Pas-de-Calais, avec leurs camarades des puits de Lorraine, ont dû se révolter et faire grève à plusieurs reprises pour obtenir un minimum de droits. Mais l’État français comme l’État marocain ont refusé la moindre reconnaissance des maladies professionnelles consécutives à cette surexploitation.

Voilà la façon dont la grande république française a traité ces travailleurs !

Paul SOREL