Marseille : un show macronien qui ne résoudra rien

08 Septembre 2021

S’ils ont accueilli Macron avec thé et petits gâteaux, les habitants de la cité Bassens, cité pauvre parmi les pauvres de Marseille, c’est sans doute qu’ils avaient quelque espoir de voir enfin une petite amélioration. Si ce n’est que la cité avait été pour une fois dûment nettoyée, cet espoir sera sans doute bientôt déçu, au vu de ce qu’il est sorti de ces trois jours de spectacle politique.

Cette cité et bien d’autres de Marseille, surtout dans les 13e, 14e, 15e et 16e arrondissements, sont laissées à l’abandon, mal entretenues, avec des poubelles qui peuvent ne pas être ramassées pendant des jours. Des locataires peuvent continuer à payer un chauffage dont ils ne bénéficient pas car « ce serait trop cher de le remettre en état, il faudrait changer la tuyauterie », selon le bailleur. Certains réseaux d’eau, dite potable, sont infectés de légionellose : une personne en est morte en juillet dernier dans la cité de La Savine. Souvent les ascenseurs sont déficients, et les espaces entre les immeubles désolants, espaces de terre piétinée creusée de trous. En fait, la gestion de chacune de ces ­quasi­-­villes de milliers d’habitants est assurée par les bailleurs sociaux sans disposer des moyens nécessaires.

Le problème de l’habitat ne concerne pas que les cités mais aussi les immeubles anciens. Tout le monde a en mémoire la mort de huit habitants de la rue d’Aubagne dans l’effondrement de deux immeubles vétustes et non entretenus. Depuis, au moins 370 immeubles ont été déclarés en « état de péril grave et imminent », 40 000 logements « indignes » et 1 500 personnes vivent en logement provisoire ou en appart-­hôtel. Un plan de rénovation a été annoncé pour 10 000 logements, mais 500 seulement ont été concernés depuis 2019.

Face à cette carence grave, les promesses de Macron se sont limitées à envisager les procédures à mettre en place. Entre plan local d’habitat (PLH), plan local d’urbanisme (PLU) intégrés ou non dans le projet partenarial d’aménagement (PPA) et société publique locale dédiée (SPLAIN), les habitants auront fort à faire pour accélérer les rénovations et aménagements nécessaires.

D’ailleurs, pourquoi ne peuvent-ils être logés dans les nombreux immeubles flambant neufs qui s’élèvent très rapidement dans le secteur Euroméditerranée ? Ces immeubles sont destinés à des acquéreurs ou des locataires mieux nantis que les habitants des cités. Quant aux quelques logements sociaux qui y sont prévus, leurs nouveaux locataires pensent les quitter car les charges sont trop lourdes, pour leurs salaires.

Pour arrêter la vague d’assassinats sur fond de trafic de drogue qui ensanglante les cités, Macron a promis de renforcer la police. Outre 200 policiers supplémentaires déjà prévus, il prévoit des véhicules et 500 caméras de surveillance de plus, ainsi que la création d’un nouvel hôtel de police, dont il a déjà souvent été question.

Ce n’est pas ces embauches de policiers qui fourniront plus de travail dans les cités. Le trafic de drogue se développe dans le contexte de la pauvreté, de la misère même de ces quartiers où le chômage peut atteindre 50 %. Les jeunes qui font le guet dans le quartier et vendent de la drogue ne trouvent pas d’autre emploi. Il n’y a pas d’emploi souvent même pour leurs parents, et ils ne croient pas possible de s’en sortir grâce à l’école. Seules les associations, nombreuses et dévouées, essaient d’assurer le soutien scolaire, l’animation pour les jeunes ou l’alphabétisation des adultes qui en ont besoin. Mais elles n’ont pas les moyens à la mesure de tâches qui devraient être assurées par la mairie ou l’État.

C’est tous les services publics qui sont absents des quartiers pauvres, il n’y a pas de bureaux de poste, les centres de soins et les médecins sont débordés. C’est pourquoi la vaccination y est en retard.

Ce n’est pas le travail qui manque mais les embauches, de conducteurs de bus, de maçons, d’éboueurs, de secrétaires médicaux, de travailleurs du nettoyage, de personnel des écoles, d’aides-soignants et d’infirmiers, mais les promesses de Macron ne les concernent pas. Il n’a su qu’insister pour que la mairie soit plus ferme vis-à-vis de ses travailleurs grévistes.

Après son bain de foule en manches de chemise au cœur de la cité Bassens, Macron a rencontré, lors d’une grande réception, les grands du petit monde de Marseille, entrepreneurs, directeurs d’institution, joueurs de foot. Il a aussi rendu visite au président du groupe maritime CMA-CGM, l’a félicité et a promis des investissements pour le développement du port et l’axe fluvial Rhône-Saône. Mais, sur les investissements, les prêts garantis par l’État, les dégrèvements fiscaux et autres crédits d’impôt, les promesses vis-à-vis des grandes entreprises ont déjà été tenues, et à une tout autre échelle.

Correspondant LO