Guinée : une dictature en remplace une autre

08 Septembre 2021

Un coup d’État militaire a renversé le président guinéen Alpha Condé, dimanche 5 septembre. Il a été accompli par les forces spéciales de l’armée guinéenne, dont le chef, Mamady Doumbouya, un ancien légionnaire de l’armée française, s’est hissé à la tête du pays.

Il a affirmé vouloir mettre ainsi fin à « la gabegie financière, la pauvreté et la corruption endémique ». Ces formules sont celles des militaires de tous les pays lorsqu’ils s’emparent du pouvoir par la force des armes, aussitôt suivies de la promesse de rendre rapidement le pouvoir aux civils. Mais qui pourrait s’y fier ? Les forces spéciales et leur chef ont participé aux côtés de la garde présidentielle à la répression sauvage des manifestations contre le troisième mandat d’Alpha Condé, qui a fait plus de 200 morts et 2 000 blessés en 2020. Des centaines de manifestants furent alors incarcérés dans les prisons de la capitale, Conakry, et certains y sont morts. Mamady Doumbouya sera un dictateur, comme ses prédécesseurs.

Beaucoup plus crédibles sont les déclarations en direction des capitalistes qui pillent les ressources du pays, l’un des plus riches d’Afrique en toutes sortes de minerais. « Le comité assure les partenaires qu’il respectera toutes les obligations liées aux conventions minières et rappelle son engagement à favoriser les investissements étrangers dans son pays », a déclaré le nouveau chef d’État. Joignant les actes aux paroles, il a d’emblée levé dans les zones minières le couvre-feu auquel la population était soumise et ouvert les frontières maritimes pour permettre les exportations, alors que les frontières terrestres et aériennes étaient encore fermées.

Quoi qu’il arrive, il faut que les minerais sortent et soient exportés. La bauxite, dont la Guinée détient les plus importantes réserves au monde, ou le minerai de fer, avec la mine géante de Simandou, sont exploités par les grandes sociétés du secteur minier, américaines, canadienes, asiatiques, souvent en partenariat avec des sociétés guinéennes qui servent à faire transiter les bénéfices vers les coffres du président. Dans un pays où une grande partie des ressources du sous-sol sont encore inexploitées, les acquisitions de nouveaux blocs miniers sont autant d’occasions de verser des pots-de-vin aux hauts fonctionnaires et au président ou à son clan. Et autour des intérêts miniers en gravitent bien d’autres : les chemins de fer qui servent à évacuer le minerai, ou les terminaux portuaires, comme celui de Conakry, que l’inévitable Bolloré s’est fait attribuer en contrepartie du financement de la campagne électorale d’Alpha Condé en 2010.

La population, elle, vit dans la misère. 3 % à peine des habitants des campagnes ont accès à l’électricité. Les écoles n’ont pas de bancs et la toiture de certaines s’est effondrée. Les hôpitaux sont devenus des mouroirs dont les malades s’échappent. Et les routes ne sont pas entretenues.

À l’annonce du renversement d’Alpha Condé, on a entendu les dirigeants des grandes puissances s’indigner de ce qu’ils appellent une atteinte à la démocratie, passant ses crimes sous silence, comme ils l’ont fait tout au long de son règne. Ils s’accommoderont pourtant bien vite de cette dictature militaire, comme ils l’ont fait de tous les régimes qui ont écrasé la population guinéenne. La seule chose qui leur importe est que leurs trusts puissent continuer à faire des profits dans le pays. C’est ce qu’ils appellent la démocratie.

Daniel MESCLA