Réforme des retraites : toujours sur le tapis

14 Juillet 2021

Dans son intervention du lundi 12 juillet, Macron a repoussé la réforme des retraites tant que « l’épidémie ne sera pas sous contrôle et la reprise bien engagée ». Sera-t-elle relancée avant les présidentielles ? L’avenir le dira.

Que ce soit dans le cadre de sa campagne électorale de 2022 ou pour mettre en œuvre une partie de sa réforme adoptée avec le 49.3 fin 2019, il a présenté ses intentions comme si celles-ci répondaient à une justice sociale. Mais lorsque ce serviteur des riches se montre sensible aux inégalités, il y a de quoi se méfier.

L’équité ou l’égalité sont des arguments pour faire valoir une série de réformes comme repousser l’âge de la retraite et baisser le montant des pensions. Depuis 1993, année où le gouvernement Balladur, sous la présidence de François Mitterrand, réduisit considérablement les retraites des salariés du privé, chaque gouvernement s’est appuyé sur les ressentiments des travailleurs d’un secteur contre un autre pour justifier les attaques suivantes. Les grèves de 1995 ont imposé un coup d’arrêt à la dégradation des retraites et contraint les gouvernements suivants à viser une catégorie après l’autre. Mais aujourd’hui, les différents régimes sont devenus bien plus proches en termes de montant de retraite comme du nombre minimum de trimestres cotisés ou du calcul du montant des pensions. À chaque étape, les nouveaux retraités y ont perdu.

Alors, lorsque Macron évoque les « inégalités majeures », la ficelle est un peu grosse. Face à la colère des ouvriers devant un éventuel recul de l’âge de la retraite, alors que leur espérance de vie est bien plus courte, il prétend qu’il en sera tenu compte avec un système très compliqué de reconnaissance de pénibilité, conçu pour écarter le plus de bénéficiaires possibles.

Un des buts affichés de Macron est qu’il n’y ait pas de pension en dessous de 1 000 euros. Mais cette mesure pourrait être prise immédiatement, si elle était si importante aux yeux du gouvernement. Il s’agit simplement de montrer une légère empathie pour les plus pauvres, artisans en difficulté ou femmes ayant eu une carrière hachée, pour justifier le reste des attaques.

Les travailleurs auront à rester vigilant et à montrer qu’ils sont prêts à se mobiliser, quelle que soit leur catégorie, s’ils ne veulent pas que, sous prétexte d’améliorer un tout petit peu les conditions de certains, elles soient modifiées au désavantage de la très grande majorité. Car, si Macron et le patronat restent prudents, c’est bien parce qu’ils continuent de craindre les réactions des travailleurs.

Inès Rabah