22 juin 1941 : l’attaque d’Hitler contre l’URSS

14 Juillet 2021

Dans la nuit du 21 au 22 juin 1941, Hitler lançait ses armées contre l’Union soviétique, l’alliée de la veille. Staline, qui avait conclu deux ans plus tôt un traité de non-agression avec le régime nazi, n’avait absolument pas préparé la population ni l’Armée rouge à cette attaque.

L’armée allemande remporta immédiatement des succès considérables. L’Armée rouge, décapitée par les procès de 1938, s’effondra. L’aviation soviétique fut anéantie en quelques heures. La Wehrmacht captura en quelques jours des centaines de milliers de soldats, qui n’avaient reçu aucune consigne de leurs officiers.

Les villes tombèrent les unes après les autres. Les massacres de population succédèrent aux massacres. A l’été 1941, les armées allemandes se trouvaient déjà aux portes de Leningrad et de Moscou. À l’automne, elles occupaient un territoire englobant 40 % de la population soviétique et 60 % des ressources agricoles, minières et industrielles du pays. L’URSS était sur le point de succomber, avant tout du fait de la politique de la bureaucratie stalinienne qui avait cru pouvoir échapper à une confrontation directe avec les forces armées de la bourgeoisie impérialiste.

Les causes profondes de la Deuxième Guerre mondiale, dans laquelle l’URSS fut entraînée en 1941, étaient les mêmes que celles qui avaient déclenché la guerre de 1914-1918 : les rivalités entre les puissances impérialistes autour d’un repartage des colonies et du marché mondial. Les impérialismes vaincus tels que l’Allemagne, lésés dans le repartage du gâteau sur lequel avait débouché le premier conflit mondial, comptaient prendre leur revanche en s’attaquant notamment à la France et à la Grande-Bretagne, qui possédaient de vastes empires coloniaux. Sur fond d’une crise mondiale, l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933 signifiait que, dès lors, la bourgeoisie allemande ferait tout pour étendre son « espace vital ». Le monde capitaliste en crise marchait de nouveau vers la guerre.

« Avant tout, Staline a peur de la guerre », écrivait Léon Trotsky le 4 septembre 1939. « Staline ne peut pas faire la guerre avec des ouvriers et des paysans mécontents et une Armée rouge décapitée », poursuivait celui qui inlassablement dénonçait les crimes de Staline et combattait la dégénérescence de l’État ouvrier né de la révolution d’Octobre 1917.

Dans l’espoir illusoire d’échapper à la guerre qui approchait à grands pas, Staline et la bureaucratie avaient en effet d’abord tenté de s’allier aux puissances dites démocratiques (entre 1934 et 1936), sans avoir de vraie réponse. Puis, le 23 août 1939, la signature du pacte de non-agression avec Hitler fut un choc pour les travailleurs et les militants des Partis Communistes de toute l’Europe. C’était, disait Trotsky, « une capitulation de Staline devant l’impérialisme fasciste avec l’objectif de sauver l’oligarchie soviétique ».

Les puissances impérialistes, quant à elles, voyaient dans cette Deuxième Guerre mondiale l’occasion d’en finir avec l’URSS. Car, malgré toutes les trahisons des intérêts de la classe ouvrière par le stalinisme, malgré la nature foncièrement réactionnaire, conservatrice et contre-révolutionnaire du régime stalinien, l’URSS était pour l’impérialisme un ennemi à abattre. Elle restait, malgré le stalinisme, la preuve vivante de la possibilité qu’une révolution ouvrière, celle d’Octobre 1917, donne naissance à un État ouvrier, un État sans domination de la classe capitaliste.

La seule question qui s’était posée durant les années de l’immédiat avant-guerre était de savoir quelle puissance impérialiste lancerait l’assaut contre l’URSS, et ce fut donc finalement l’Allemagne d’Hitler.

La terreur qui sévissait en Union soviétique était telle que, dans un premier temps, une partie de la population ne vit pas dans l’armée allemande une ennemie. Certains, parmi la paysannerie ukrainienne en particulier, la voyaient même comme une armée libératrice. Mais ses agissements d’une extrême brutalité dissipèrent vite ces illusions : villages systématiquement incendiés (un tiers des villes et bourgades en Biélorussie) ; civils exécutés sauvagement ; Juifs massacrés massivement, comme à Babi Yar à Kiev, où fin septembre 1941, en 48 heures, 34 000 hommes, femmes et enfants furent exécutés ; prisonniers de guerre exécutés ou envoyés dans des camps, où les deux tiers des 3,3 millions qui s’y retrouvèrent moururent de faim et d’épuisement.

Le régime nazi voulait éliminer une population qu’il considérait comme inférieure sur le plan racial et surtout comme infectée par le fait de vivre depuis deux décennies sous le régime soviétique. Dans un discours tenu le 30 mars 1941 devant des officiers nazis, Hitler parla de la nécessité de mener « un combat d’extermination ». Et il ajoutait : « Si nous ne l’envisageons pas ainsi, nous battrons certes l’ennemi, mais dans trente ans le communisme sera de nouveau en face de nous. » Et cela apparut vite clairement aux classes populaires de la Russie soviétique.

Lorsque Staline entreprit de reprendre les choses en main, il le fit à la façon bureaucratique habituelle, en comptant d’abord sur l’encadrement de la population par le parti unique et sur sa surveillance par la police politique. Des centaines d’usines furent démontées, leur personnel et les populations de l’ouest déplacés vers l’est, dans l’Oural et en Sibérie, pour remettre en route la production d’armement. Des anciens officiers furent tirés des camps pour être envoyés en première ligne encadrer des bataillons de jeunes ouvriers et paysans que le régime envoyait, au début, combattre sans armes, car il n’en avait pas ou pas assez.

Et, à l’arrière, le régime réussit d’autant mieux à mobiliser la population qui mourait de faim au travail que celle-ci savait que son sort serait pire encore si l’armée allemande l’emportait. Staline fit appel au patriotisme russe. L’ennemi n’était pas l’impérialisme allemand, mais « l’Allemand », ce qui incluait le prolétariat de ce pays, jugé par le régime stalinien responsable de la victoire des nazis, alors que les militants communistes, socialistes et syndicalistes en avaient été les premières victimes et mouraient dans les camps de concentration.

Mais ce ne fut cependant pas la propagande nationaliste stalinienne qui mobilisa vraiment les travailleurs soviétiques, qu’ils soient dans les usines, les kolkhozes ou sous l’uniforme, au point de permettre finalement à l’URSS de vaincre l’armée allemande au prix de la mort de vingt millions de ses citoyens. Ce qui le permit fut d’abord la conscience que le régime nazi ne voulait pas seulement conquérir le pays, mais tuer l’espoir que la révolution d’Octobre avait soulevé dans le prolétariat mondial et dont l’Union soviétique, malgré le régime stalinien, pouvait être encore porteuse.

Malheureusement, la politique de Staline allait encore une fois se charger de dévoyer ces espoirs du prolétariat. Celui qui avait été l’allié cynique de Hitler se fit l’allié tout aussi cynique des pays vainqueurs, contribuant à écarter les possibilités de nouvelles révolutions et à stabiliser pour toute une période la domination de l’impérialisme.

Aline RETESSE