Gravotech – La Chapelle-Saint-Luc : un premier recul patronal

16 Juin 2021

Fin mai et début juin, les travailleurs de l’entreprise Gravotech à La Chapelle-Saint-Luc, près de Troyes dans l’Aube, qui emploie 210 salariés, se sont mobilisés pour obtenir une augmentation de salaire.

Gravotech est une entreprise, ex-leader mondial, spécialisée dans la conception et la fabrication de machines de gravure et de découpe laser. C’est une activité suffisamment rentable pour que des banques s’y soient intéressées. Depuis 1996, les LBO (Leverage buy-out) se succèdent. Ces « achats à effet de levier » permettent d’acquérir une entreprise par le biais d’un montage financier constitué d’un investissement de l’ordre de 10 % et, à 90 %, d’un emprunt, chaque revente permettant aux acquéreurs de repartir avec des dizaines de millions d’euros.

Le remboursement des dettes s’est traduit par des réorganisations incessantes du travail visant à augmenter la production et développer la polyvalence, aboutissant même à des licenciements. Les CDI sont progressivement remplacés par des intérimaires. Même le responsable du personnel est en CDD de six mois. Alors quand, sous prétexte d’une baisse des ventes due au Covid, la direction a annoncé lors des négociations annuelles obligatoires qu’il y aurait cette année 0 % d’augmentation, c’était trop.

Deux heures de débrayage n’ayant amené aucune réaction de la direction, lundi 31 mai, à l’appel du syndicat CGT, une bonne cinquantaine de travailleurs se mettaient en grève pour réclamer une augmentation de 3,5 % sur les salaires. La mobilisation concernait les trois quarts des ouvriers en production. Les techniciens, pour la plupart en télétravail, n’avaient pas pu être sollicités. La direction du site de La Chapelle-Saint-Luc a bien essayé d’endormir les grévistes en évoquant une prime de productivité. En vain. Toujours sans réponse de la direction centrale, la grève s’est poursuivie les deux jours suivants, le mouvement s’organisant progressivement. Mercredi 2 juin, la direction décidait enfin de se déplacer depuis Lyon. Des banderoles apposées sur les palissades et un barbecue sous une tente témoignaient de la détermination des grévistes. Mais, le refus de toute augmentation demeurant, la pression est montée d’un cran avec l’irruption d’une trentaine de grévistes dans les locaux et une explication houleuse avec la direction. L’octroi d’une augmentation de 1,6 % à compter du 1er juillet et une prime gilets jaunes de 200 euros, pour les ouvriers et employés mais pas pour les techniciens, n’ont finalement été acceptés par la majorité des grévistes qu’après l’obtention de la rétroactivité au 1er janvier. Les grévistes estimaient en majorité que cela compensait la perte salariale pour les heures de grève.

En contraignant par la grève la direction à se déplacer et à revenir sur son refus de toute augmentation, les travailleurs de Gravotech ont montré leur force.

Correspondant LO