Daher – Saint-Aignan-Grandlieu : grève pour les salaires

16 Juin 2021

Chez Daher, un important sous-traitant d’Airbus, les travailleurs du site de Saint-Aignan-Grandlieu, à côté de Nantes, ont décidé de se mettre en grève à partir du mercredi 2 juin pour réclamer les 55 euros d’augmentation mensuelle que leurs collègues de Montoir, près de Saint-Nazaire, venaient d’imposer.

La grève à Montoir est partie directement dans le secteur des ajusteurs-monteurs, une centaine, sans appel syndical, le lendemain de l’annonce des 0,6 % d’augmentation générale et des 0,25 % d’augmentations individuelles proposés par la direction dans le cadre des négociations annuelles. Ces augmentations, ridicules au regard des moyens financiers de la famille Daher (168e rang des fortunes françaises, et biens personnels évalués à 500 millions d’euros), ont fait déborder la colère. D’autant plus que cela faisait suite à un plan de suppression de postes et à la mise en place de l’activité partielle de longue durée (APLD) avec une perte conséquente de salaire. Début 2020, la direction avait prétexté également la crise du Covid et celle de l’aviation pour licencier 643 employés ainsi que les intérimaires.

Après trois jours de grève à Montoir, le patron cédait 55 euros d’augmentation par mois, mais uniquement aux 200 salariés des secteurs en grève. En voulant éteindre l’incendie qui risquait aussi de toucher les salariés d’Airbus travaillant sur le même site, il n’a pourtant fait que jeter de l’huile sur le feu. Car, dès le lendemain 1er juin, les agents de production et logistique, qui n’étaient jusque-là pas concernés, se sont mis en grève totale à leur tour, ainsi que les centaines de salariés des autres sites de Loire-Atlantique : Malville, Brais et Saint-Aignan le 2 juin, pour réclamer les 55 euros. La région toulousaine aussi débrayait.

À Saint-Aignan, la grève a tenu trois jours, les grévistes se retrouvant en assemblée générale quotidienne. Ils ont décidé de continuer par des débrayages, le lundi suivant. Dans ces trois jours, ils ont déjà pu mesurer l’impact de leur grève sur la production de l’usine d’Airbus toute proche, où les lignes d’assemblage du secteur 320 étaient déjà à l’arrêt. « en trois jours, on a mis Airbus à l’arrêt. Si on avait tenu trois semaines... », a pu dire un gréviste. Quant aux salariés d’Airbus, mis en chômage partiel, ils ont pu constater tout le bénéfice que leur patron tirait de ce dispositif gouvernemental, même en dehors de tout contexte sanitaire !

Et si le travail a maintenant repris, la revendication des 55 euros est toujours à l’ordre du jour. Ce qui a été obtenu, soit 1 % d’augmentation avec un talon à 35 euros pour les bas salaires, reste insuffisant aux yeux de bien des grévistes. Ceux-ci ont déjà le sentiment d’avoir obligé la direction à les prendre en considération, et c’est dans le contexte un acquis. Ils ont aussi mesuré la crainte des patrons de voir des mouvements sociaux partir spontanément et se répandre dans la sous-traitance aéronautique, mais aussi dans bien d’autres entreprises où les salaires restent très bas avec des conditions de travail dégradées.

Correspondant LO