Les pays pauvres privés de vaccins

27 Janvier 2021

« Alors que 40 millions de doses ont été administrées dans des pays à revenu élevés, 25 doses seulement l’ont été, et dans un seul des pays à faibles revenus », dénonçait le 18 janvier le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Tedros Ghebreyesus. « Pas 25 millions, pas 25 000, seulement 25 », poursuivait-il !

Jusqu’à présent, aucun des principaux vaccins occidentaux n’a encore été administré en Afrique. Certains pays ont pour leur part commandé des vaccins chinois ou russe.

L’Afrique semble avoir été moins touchée en 2020 par la pandémie que l’Europe, les USA ou le Brésil, quoiqu’il soit bien difficile de connaître exactement la situation sanitaire du continent. Le rythme des infections s’y accélère cependant depuis quelques semaines et, avec la propagation de la souche sud-africaine à d’autres pays, l’on peut craindre une catastrophe. Quand on voit comment le système hospitalier des pays développés a été débordé, on peut sans peine imaginer l’hécatombe qui se produirait dans des pays où les rares hôpitaux manquent de médecins, de médicaments, de respirateurs et de tous les produits nécessaires pour prendre en charge la maladie.

Les pays pauvres d’Afrique et des autres continents sont les bons derniers dans la file d’attente pour bénéficier des vaccins, et il est d’ores et déjà certain qu’ils ne les auront jamais en quantité suffisante. Pendant que les chercheurs testaient leurs candidats vaccins, notamment sur les populations des pays sous-développés, les dirigeants des trusts pharmaceutiques mettaient en concurrence les pays riches et négociaient avec eux des contrats de préréservation. Plus de la moitié des doses de vaccins sont ainsi préemptées depuis longtemps, pour 14 % de la population mondiale.

L’OMS a bien mis en place un dispositif destiné à laisser une petite place aux pays pauvres. Les dirigeants des grandes puissances ont été invités à verser quelques centaines de millions d’euros à cet organisme, le Covax, censé discuter avec les laboratoires pharmaceutiques, puis répartir les doses ainsi obtenues entre pays pauvres. Mais les responsables de l’OMS eux-mêmes expliquent que ces laboratoires ont préféré privilégier les accords bilatéraux, plus profitables, avec les pays riches.

Il se passe aujourd’hui avec le coronavirus ce qui s’était produit dans les années 1990 avec le Sida. Le traitement antirétroviral contre cette maladie, mis au point aux États-Unis, n’avait été disponible que six ans après pour les Africains, pourtant les plus frappés par la maladie. Entre-temps douze millions de personnes étaient mortes du Sida sur le continent.

« Permettre un accès équitable aux vaccins », comme le dit le programme du Covax, ne peut se réaliser en système capitaliste. Seule y règne la loi du profit, y compris pour les médicaments vitaux.

Daniel MESCLA