Lapeyre : à bas le secret des affaires !27/01/20212021Journal/medias/journalarticle/images/2021/01/P13-2_Lors_du_debrayage_du_12_janvier_a_lusine_de_Chambley_C_LO.jpg.420x236_q85_box-0%2C0%2C875%2C492_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Lapeyre : à bas le secret des affaires !

Les 4 000 travailleurs du groupe Lapeyre, qui comprend dix usines et 131 magasins spécialisés dans les matériaux et fournitures pour l’aménagement de la maison, sont plus qu’inquiets pour l’avenir de leur emploi.

Illustration - à bas  le secret des affaires !

Ils ont fait grève au niveau du groupe le 12 janvier à l’appel de la CGT et de FO pour protester contre les projets des actionnaires.

Le propriétaire est le géant Saint-Gobain qui a décidé de se séparer de Lapeyre sur lequel il s’est enrichi pendant des années. Lapeyre a été très rentable, mais il serait déficitaire aujourd’hui. Du coup, Saint-Gobain veut s’en débarrasser : il ne vend même pas le groupe, il le donne… avec un paquet de millions !

Plusieurs « repreneurs » étaient en lice : comme par hasard Saint-Gobain a choisi le groupe qui lui en demande le moins, Mutares. Ce fonds d’investissement, coté à la Bourse de Francfort, qui regroupe 18 sociétés, est spécialisé dans la reprise d’entreprises dites en difficulté comme, par exemple, Pixmania, repris en 2014 et mis deux ans plus tard en redressement judiciaire, ou encore Grosbill.

C’est un fonds vautour qui veut récupérer Lapeyre sans débourser un centime, Saint-Gobain faisant ce qu’il appelle une « vente négative ». En plus des usines et des magasins, Saint-Gobain donne 245 millions à Mutares pour qu’il reprenne Lapeyre. Il s’agit ainsi de sous-traiter les licenciements et les fermetures d’usines et de magasins. Les effectifs de ces usines ont déjà fondu : celle d’Azur Production à Chambley en Lorraine est ainsi passée de 400 à moins de 180 en vingt ans.

Mutares, dans un plan qui a « fuité » jusqu’aux syndicats, prévoit la fermeture de quatre usines et dix-neuf magasins, qui entraînerait au total la suppression d’un millier d’emplois. Lapeyre et Saint-Gobain prétendent que ce plan est obsolète mais ils refusent de communiquer les documents de reprise.

Comme bien souvent, les patrons disent que l’entreprise n’est plus rentable. Mais l’opacité la plus complète règne. Ainsi, Lapeyre s’est arrangé pour ne pas verser de participation aux salariés de 2002 à 2012 au moyen d’un montage financier faisant remonter les bénéfices à une holding sans salarié. L’affaire est d’ailleurs toujours en justice.

Alors, combien de millions les actionnaires de Saint-Gobain ont empoché grâce au travail des salariés ? Combien de millions espère gagner Mutares en vendant le groupe à la découpe et en licenciant ? Pour le savoir, il faudrait que les travailleurs puissent contrôler eux-mêmes les comptes de ces groupes. Mais, en attendant, les profits accumulés par les uns et les autres doivent servir à maintenir tous les emplois et les salaires, pas à permettre aux actionnaires de s’enrichir davantage. Il n’est pas question pour les travailleurs de Lapeyre d’être traités comme des citrons qu’on jette après en avoir pressé tout le jus.

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