Safran – Villaroche : la grève se renforce

02 Décembre 2020

Après une journée de grève spontanée dix jours auparavant, suivie de plusieurs débrayages, les salariés en équipe de l’usine Safran de Villaroche, en Seine-et-Marne, ont repris la grève lundi 30 novembre et mardi 1er décembre pour exiger de pouvoir retourner manger au restaurant d’entreprise.

Depuis le premier confinement, la suppression du repas à la cantine pour ceux en équipe, près d’un millier sur cette usine qui produit des moteurs d’avions, est un objectif de la direction. Elle utilise la crise sanitaire pour en réalité imposer la journée continue, quitte à ce qu’on prenne le repas chez soi après la fin du travail à 14 heures. Derrière cela, c’est bien son plan pour la compétitivité, avancé en 2018 et déjà repoussé par une grève, que la direction veut tenter d’imposer. Le repas, moment convivial où on doit prendre son temps, fait trop baisser la productivité chère aux actionnaires.

Surprise par ce mouvement parti de la base, organisé par des salariés des ateliers, la direction tente maintenant de faire du chantage. Lundi 30 novembre, elle annonçait qu’elle permettait aux ouvriers de reprendre leur repas à la cantine, mais uniquement s’ils acceptaient de pointer à l’aller et au retour. Cela les a convaincus de se remettre en grève sur les deux équipes, presque la totalité des 400 présents, beaucoup étant en chômage partiel suite à la réorganisation du travail depuis la crise sanitaire. Le lendemain, la grève s’est renforcée et étendue : totale au bâtiment 35, elle a gagné d’autres bâtiments jusque-là peu impliqués. Plus rien ne sortait des ateliers.

Les grévistes s’organisent, faisant maintenant deux assemblées générales chaque jour pour chaque équipe. Le 1er décembre, une assemblée commune réunissait même en partie les deux équipes, des salariés de l’après-midi en grève venant à l’usine dès 9 heures pour discuter avec leurs camarades du matin. Dans ces assemblées, les ouvriers décident eux-mêmes des actions à organiser. La continuation de la grève était votée dès le lundi jusqu’aux prochaines négociations, prévues pour le jeudi suivant.

Beaucoup de jeunes travailleurs sont au coude-à-coude avec de plus anciens, certains jeunes prenant même des responsabilités dans le mouvement. La direction cherche à opposer aux grévistes ceux qui préfèrent, pour des raisons personnelles, faire la journée continue. Mais beaucoup de ceux-là sont souvent solidaires de la grève, voire y participent. Car, tout le monde le sent, les patrons de Safran, comme ceux d’ailleurs, s’appuient sur la crise sanitaire pour tenter d’imposer des reculs à tous les salariés en augmentant la productivité.

Ils aimeraient peut-être faire manger les ouvriers comme Charlot dans le film Les temps modernes, attaché à la chaîne de montage, à qui on enfourne son repas dans la bouche pour qu’il ne quitte pas son poste de travail.

La seule réponse à ces rêves patronaux, c’est celle que donnent les ouvriers de l’usine : la grève !

Correspondant LO