Renault – Flins : pas un travailleur sans emploi !

02 Décembre 2020

L’usine Renault de Flins, dans les Yvelines, a vu débarquer le 26 novembre le nouveau directeur général Luca de Meo, flanqué du président Jean-Dominique Senard.

Ils ont tenu un double discours, termes ronflants et creux à usage de l’extérieur, et paroles crues et méprisantes destinées aux travailleurs, qui fabriquent pourtant leur paye et leur portefeuille d’actions.

« C’est un projet créatif, novateur, d’une grande modernité », selon de Meo. « Il permettra aux salariés de se doter de compétences qui leur permettront d’assurer leur futur, bien plus qu’aujourd’hui. » Du côté des grands mots, la « Re-factory » – concept inventé par la communication Renault pour enjoliver l’arrêt de la fabrication de voitures à Flins – est censée s’inscrire dans la prétendue économie circulaire, le futur, la défense de l’environnement. Le concept se décline en « retrofit », c’est-à-dire recycler des voitures d’occasion, notamment en fabriquant des pièces à cet usage ; « re- energy », retaper les batteries hors d’usage; « re-cycle », rapiécer les vieux moteurs, boîtes de vitesses et injecteurs comme le font encore, pour l’instant, les 260 salariés de l’usine de Choisy-le-Roi. Tant qu’à faire, les dirigeants de Renault ont ajouté à ce menu le « re-start », qui consisterait en un pôle de formation et recherche, un incubateur comme ils disent.

S’adressant aux travailleurs, à travers la réunion avec les représentants du personnel, De Meo et Senard ont été bien plus économes en fioritures. Ils leur ont reproché le coût de fabrication des véhicules, deux fois supérieur estiment-ils à celui de l’usine de Maubeuge, cinq fois supérieur à celui de l’usine de Bursa en Turquie. Le temps de fabrication d’une Clio serait plus long de dix heures à Flins, comparé à celui de Novo Mesto en Slovénie. Et, mépris suprême, de Meo préfère, évoquant la qualité des voitures, « ne pas s’étendre sur le sujet pour ne vexer personne ».

L’abondance de « Re » constitutifs de ce projet fumeux conduit Luca de Meo à promettre une usine transfigurée, comptant un effectif de 3 000 personnes à l’horizon 2030. Et entre- temps, combien resteront, après l’arrêt de la fabrication de la voiture électrique Zoe et de la Nissan Micra ? Même si les activités dites modernes selon la direction se mettaient en place, cela ne représenterait que 1 700 à 2 000 emplois, à comparer aux 5 000 pris en compte par la médecine du travail actuellement sur le site de Flins, tous statuts et employeurs confondus.

Transformer l’usine de Flins en un vaste hangar aux trois quarts vide, abritant des activités de bricole et un vague pool de PC construisant en 3D des projets zéro carbone destinés à pomper quelques subventions gouvernementales, voilà ce que les travailleurs ont compris des intentions de Renault.

Il n’y a aucune raison d’accepter que les emplois soient supprimés et les salaires rognés.

Il faut répartir le travail entre tous, de Bursa à Novo Mesto en passant par l’ensemble des usines en France, mettre un terme aux cadences de dingues, aux épuisants horaires d’équipes, aux prolongations de la journée et de la semaine de travail. L’argent existe, et il n’a rien de magique : les 25 milliards d’euros de profits accumulés en dix ans l’ont été sur le travail de tous les salariés.

Correspondant LO