Migrants : liberté de circulation !

02 Décembre 2020

Samedi 28 novembre, les gouvernements français et britannique ont conclu un nouvel accord pour empêcher les migrants de traverser la Manche.

L’objectif affiché est de leur éviter d’aller se perdre en mer et de lutter contre les passeurs.

Le nombre de tentatives de passages, et surtout d’essais réussis, n’est pas facile à estimer précisément. On serait passé de moins de 2 000 tentatives en 2019 à plus de 8 000 en 2020. La perspective du Brexit et du renforcement des contrôles frontaliers pousserait davantage de réfugiés à se lancer dans l’aventure, ainsi que le relatif succès de certaines expéditions : au mois d’août 2020, grâce aux bonnes conditions climatiques, 1 500 personnes auraient réussi à atteindre les côtes anglaises.

L’accord vise à bloquer encore plus les migrants avant qu’ils ne s’embarquent, en multipliant les équipements technologiques de surveillance, les drones, les radars, les caméras de surveillance et le nombre de policiers et de gendarmes patrouillant le long des côtes françaises. La Grande-Bretagne accepte d’investir un supplément de plus de 31 millions d’euros. Gérald Darmanin et son homologue britannique Priti Patel ont précisé qu’une partie de cette somme irait à la construction de logements appropriés en France pour permettre aux migrants d’échapper aux passeurs. Mais quand on voit comment les campements de migrants sont régulièrement dévastés par la police à Calais ou à Paris, comment les opérations dites de mise à l’abri en Seine-Saint-Denis se terminent par des tabassages de réfugiés condamnés à l’errance, on ne peut que douter de cette générosité. Dans la tête d’un ministre de l’Intérieur, il y a fort à parier qu’un logement approprié ressemble à un centre de rétention.

De toute façon, ceux qui multiplient les tentatives pour traverser un détroit parmi les plus fréquentés et les plus dangereux, surtout à la mauvaise saison, ne s’arrêteront pas. Certains en sont morts. Mais les survivants sont prêts à tout et les mesures prises pour les surveiller et les empêcher de prendre la mer les conduiront à prendre encore plus de risques. Les passeurs ne sont pas les seuls à faire payer aux migrants la possibilité de se déplacer. Les États, leur rejet des pauvres, leurs camps insalubres et leurs polices, en augmentent encore le prix et les risques. Il faut exiger la liberté de circulation et d’installation pour tous les migrants.

Sylvie MARÉCHAL