Loi Sécurité globale : un arsenal contre la contestation sociale

02 Décembre 2020

Bien qu’elle ait déjà été votée par l’Assemblée nationale, les manifestants ont été beaucoup plus nombreux samedi 28 novembre contre la loi de Sécurité globale.

Selon le ministère de l’Intérieur, 133 000 personnes ont défilé dans toute la France, contre 10 000 la semaine précédente.

Les manifestants protestent contre la loi dans son ensemble, et pas seulement l’article 24. Mais c’est aussi le cours autoritaire et réactionnaire que cela révèle de la part du gouvernement qu’ils dénoncent. Les images de violences policières de la fin novembre ont renforcé les rangs des manifestants. Lundi 23 novembre au soir, des centaines de migrants accompagnés d’associations, d’élus et de partis de gauche, ont été chassés de la place de la République à Paris, à coups de matraques et de gaz lacrymogène. L’image d’un commissaire divisionnaire faisant un croche-pied à un homme fuyant les coups a choqué. Puis, le 26 novembre, est venue la diffusion des images du tabassage de Michel Zecler.

À la suite de cela, Macron et Darmanin se sont dits indignés, la Police des polices a été priée de mener une enquête sur les événements de la place de la République, les matraqueurs de Michel Zecler ont été suspendus et deux d’entre eux mis sous les verrous. Mais personne n’oublie qu’en juillet dernier Darmanin avait déclaré s’étouffer lorsqu’il entendait parler de violences policières, alors qu’en France se déroulaient les manifestations pour Adama Traoré. C’était déjà une manière de garantir avec cynisme l’impunité aux cogneurs et étrangleurs de la police.

La coïncidence du vote de la loi Sécurité globale et de la diffusion d’images de nouvelles violences policières embarrasse le gouvernement. Mais cette loi s’inscrit aussi dans une évolution plus profonde. Depuis 2016 et la contestation de la loi Travail sous Hollande, puis le mouvement des gilets jaunes en 2018 sous Macron, et enfin les manifestations contre la réforme des retraites en décembre et janvier derniers, une législation ou des procédures cherchant à étouffer ou à intimider la contestation se déploient, tandis que les violences policières à l’occasion des manifestations sont redevenues courantes. Alors que les ravages sociaux de la crise économique n’en sont qu’au début, le renforcement de la police et de l’arsenal législatif seront le seul recours pour des gouvernants discrédités.

La contestation actuelle est partie des journalistes, des associations des droits de l’homme, et a rencontré un écho auprès d’une fraction de la jeunesse, sensible à la question des violences policières. Mais les travailleurs, dans les usines, dans les bureaux, sont eux aussi concernés. Il est déjà interdit de photographier un atelier, sous prétexte de respect du secret industriel, et l’expression politique est interdite depuis toujours dans les entreprises. Et nul doute que ces mesures autoritaires et le renforcement des moyens policiers constituent un arsenal tout prêt pour viser les travailleurs s’ils entrent en lutte, et qui les visera de plus en plus si, face à la crise du capitalisme, ils se mobilisent pour la défense de leurs intérêts.

Boris SAVIN